Au Nigéria, pour sensibiliser le public aux conditions extrêmement précaires dans lesquelles vivent la population, une équipe du CICR a donné des appareils photo jetables à 25 enfants et adolescents d’un bidonville pour découvrir comment ils voient leur quotidien. Un projet précieux qui a permis à ces jeunes d’apprendre les bases de la photographie, mais aussi de pouvoir s’exprimer. 

Le CICR (Comité international de la Croix-Rouge) travaille dans le quartier Prison Waterfront, dans la périphérie de Port Harcourt au Nigéria, depuis 2015. Les équipes sur place ont souhaité attirer l’attention sur les conditions insalubres dans lesquelles vivent les habitants. L’eau potable est rare, le système d’égout ne marche pas…

Le quartier est construit sur des marais entre une prison et une criques formée par le delta du fleuve Niger. Les ressources naturelles sont inutilisables à cause des ordures, des excréments et du pétrole échappé des oléoducs illégalement percés.

Pour mieux se rendre compte, le CICR a donné des appareils photo jetables aux jeunes qui vivent sur place. Ces derniers ont ainsi documenter leur quotidien avec des clichés aussi parfois touchants et le plus souvent alarmants.

Kathryn Cook-Pellegrin, responsable de la production photo au CICR, est à l’initiative de ce projet. Elle explique que ces images ne sont que le partie émergée de l’iceberg :

Vous pouvez voir sur les photos à quel point c’est difficile. Mais ce que vous ne pouvez pas voir, c’est à quel point l’eau est polluée par la production pétrolière et les pipelines. Certains pêcheurs doivent voyager pendant des heures pour atteindre des eaux qui contiennent des poissons.

Gift Ataiyong Nathaniel (un jeune photographe) : «Une de mes photos montre une fille qui franchit une passerelle pour aller chercher de l’eau. J’espère que ces images permettront [de susciter une prise de conscience pour] que l’on nous fournisse une bonne route pour aller chercher de l’eau. Ce pont, c’est une simple planche. N’importe qui pourrait en tomber.»

Gladys Ikura Braide : «Il y a beaucoup de gens qui ont de l’argent et qui ne savent pas quoi en faire, alors que d’autres n’ont pas d’argent et ils emploient le peu qu’ils ont pour acheter des choses indispensables. Alors, j’ai pris une photo des choses qui nous manquent : des enfants utilisant des tasses pour recueillir de l’eau au robinet que le CICR a installé pour nous. Avant, nous allions chercher l’eau dans des puits. À présent, il est facile pour nous d’utiliser ces robinets pour avoir de l’eau propre.»

Apprentis photographes

Aux conditions extrêmes s’ajoutent la violence armée qui déstabilise toujours plus la vie des habitants. Les jeunes, en particulier, sont très vulnérables : “Ce sont des adolescents, c’est un moment important de leur vie, le moment de prendre des décisions. L’éducation peut dicter leur avenir. Nous voulions dialoguer avec eux à travers une activité qui permette le partager et de les comprendre“, continue Kathryn Cook-Pellegrin. C’est ainsi qu’ils ont mis en place cet atelier photo à Port Harcourt, un travail d’équipe grâce à qui ils ont pu fournir des appareils jetables et transmettre aux jeunes apprentis les bases de la photographie. Trois jours plus tard, le résultat est impressionnant.

Les appareils ont ensuite été ramenés à Genève, les pellicules ont été développées. Le travail a ensuite été édité pour les exposer et pour les publier dans un livre qui a été envoyé aux équipes du CICR au Nigeria pour impression. Une sélection d’images a également été rapporté aux auteurs pour recueillir leurs impressions.

“Je veux que les gens aient l’impression de tomber sur une sorte d’album de famille. Les photographes n’étaient pas limités par le temps, la date limite ou le thème, ni ne pensaient à un début, un milieu et une fin. Nous leur avons simplement demandé de photographier ce qu’ils ressentaient comme important dans leur vie. Nous espérons donc que le spectateur éprouve un sentiment de découverte à travers ce monde dans lequel il entre”, précise Kathryn Cook-Pellegrin.

Un photographe professionnel local a pris connaissance du projet et a tenté de voir s’il pouvait le faire perdurer, en conseillant plusieurs participants. Les équipes du CICR examinent déjà comment étendre cette idée l’année prochaine, à la fois en retournant à Port Harcourt, mais aussi en mettant en lumière d’autres communautés dans des pays en difficulté où le CICR est présent.

Mercy Athanasius (16 ans)

“Je veux faire passer un message, à travers le monde, sur la façon dont les gens dans les bidonvilles souffrent et travaillent dur avant de pouvoir trouver de la nourriture sur leur table. Je voudrais voir le progrès, je veux voir la bonté, et je ne veux pas qu’ils éprouvent une telle souffrance. Ils disent que vous devez travailler avant de mettre de la nourriture sur la table, mais je veux que cela fonctionne d’une manière modernisée – je ne veux pas travailler avec des objets nocifs qui pourraient blesser.”

 

Gift Ataiyong Nathaniel :

«J’ai pris une photo de deux enfants qui s’embrassaient. Je voulais montrer aux gens l’amour qui existe entre nous, malgré notre cadre de vie hostile.»

Ces photographies ne sont pas vendues pour récolter des fonds : leur rôle est de sensibiliser.

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