L’Arche du photojournalisme à Paris rend hommage à Eugene Richards dans le cadre de l’exposition La course du temps (The Run-On of Time). Cet ancien membre de l’agence Magnum et collaborateur du magazine Life, a montré, au fur et à mesure de ses reportages, les symptômes d’une Amérique malade.

Né en 1944 à Dorchester (Massachusetts), il commence par refuser de faire son service militaire obligatoire, assumant pleinement le risque de poursuites judiciaires. Il effectue des études de littérature et de journalisme puis étudie la photographie auprès de Minor White -photographe de renom et cofondateur du magazine Aperture- qui deviendra son mentor. Il rejoint, ensuite, en tant que volontaire, les forces civiles de VISTA, un programme créé pour lutter contre la misère aux Etats-Unis.

Dans le delta de l’Arkansas, il travaille auprès des plus pauvres, créant, avec une équipe de bénévoles, un centre de services sociaux de proximité. Ces militants créent aussi un journal local, le Many Voices, pour lequel Eugene Richards commence à réaliser ses premières images.

Son livre Few Comforts or Surprises: The Arkansas Delta, publié en 1973, est le premier d’une longue série de dix-sept ouvrages, qu’il produit en plus de ses très nombreux reportages. Le plus intime d’entre eux dévoile la lutte contre le cancer du sein de sa femme Dorothea. Il dénonce aussi les ravages de la toxicomanie, les conséquences désastreuses du 11 septembre 2001, le quotidien dans les urgences d’un hôpital, les séquelles de la guerre en Irak…

Mineral, Illinois, 2008. Dusty Hill, ancien membre de la garde nationale américaine, a perdu ses deux mains et un œil, et a été brûlé au quatrième degré dans une explosion en Irak // Mineral, Illinois, 2008. Dusty Hill, a former National Guardsman, lost both hands, one eye, and suffered fourth-degree burns in an explosion in Iraq © Eugène Richards

L’Américain, fort de son engagement politique et social, s’intéresse surtout aux marginaux : les fugueurs, les handicapés mentaux dans les asiles, les victimes de la ségrégation raciale… Pour Eugene Richards, la photographie est un prétexte lui permettant d’aborder les gens, dit-il à l’AFP :

« C’est un outil formidable pour vivre une vie différente de celle qu’on aurait dû vivre. »

Il dénonce encore qu’une grande partie de la photographie aux Etats-Unis soit actuellement « simplette » alors que le monde doit s’observer dans toute sa complexité.

“Il y a beaucoup à faire, mais cela doit être fait avec l’écriture, avec la parole des gens. La photo seule peut faire des dégâts. Si on ne fait pas attention, elle pourrait nous diviser davantage encore.”

160 tirages de ce photographe légendaire aujourd’hui âgé de 73 ans sont présentés à l’Arche du photojournalisme.

>La course du temps (The Run-On of Time), à l’Arche du photojournalisme, Grande Arche de la Défense, Paris. Jusqu’au 10 janvier. Ouvert tous les jours de 10h à 19h.

>Légende de la photo de une : Lima, Ohio, Hôpital psychiatrique pénitentiaire, 1981. Ce prisonnier a choisi le surnom de « Tueur » en espérant intimider ses codétenus. Le chevreuil blessé fait partie du programme de zoothérapie de l’hôpital // Lima, Ohio, Hospital for the Criminally Insane, 1981. An inmate calls himself “Killer” hoping that others will fear him. The injured deer was brought to the hospital as part of an animal therapy program © Eugene Richards

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