Première rétrospective en France consacrée à l’Américaine Susan Meiselas, membre de l’agence Magnum, l’exposition Médiations prévue en février 2018 au Jeu de Paume, réunira des œuvres datant de 1970 à aujourd’hui. La photographe questionne le statut des images d’actualité et leur contexte.

NICARAGUA. Muchachos attendant la riposte de la Garde nationale, Matagalpa, 1978 // Matagalpa. Muchachos await the counterattack by the National Guard © Susan Meiselas/ Magnum Photo

Portrait, reportage, photo, vidéo, audio… la diversité de son travail se voit aussi dans les thèmes qu’elle aborde : les droits de l’homme, l’identité culturelle ou encore l’industrie du sexe. Susan Meiselas construit des récits auxquels elle associe ses sujets, développant ainsi une relation avec eux dans le temps. En 1971, par exemple, elle réalise comme projet de fin d’étude, une série de portraits (44 Irving Street) des locataires dans son immeuble, à qui elle demande de poser chez eux dans un endroit de leur choix avant de leur demander d’écrire un texte sur comment ils se voyaient dans ces images :

« Le plus souvent, leurs mots racontaient bien plus que les images », Susan Meiselas

Dans une autre série, Carnival Strippers (1972-1975), elle suit pendant trois étés des strip-teaseuses d’une fête foraine, à la Nouvelle-Angleterre, un reportage accompagné d’enregistrements audio de ces travailleuses, de leurs clients ainsi que de leurs « managers ».

De 1975 à 1992, Susan Meiselas réalise ensuite une série touchante sur l’adolescence Prince Street Girls, dans le quartier de Little Italy, à New York, où elle vit toujours : elle suit pendant des années un groupe de filles. On les voit jouer dans la rue, fumer leurs premières cigarettes, se tartiner de crème solaire à la page, s’amuser dans le métro, faire des bulles de chewing gum… Grandir ensemble, en somme, sous l’œil complice de la photographe new-yorkaise qui tisse un lien particulier avec ces jeunes filles :

« J’étais leur amie secrète et mon loft était devenu une sorte de cachette pour elles, une fois qu’elles ont enfin osé traverser la rue, ce que leur parents leur avait interdit. »

Dee et Lisa, Mott Street, Little Italy, New York, 1976
Susan Meiselas
© Susan Meiselas/ Magnum Photo

Molotov Man

L’exposition du Jeu de Paume se concentrera sur trois séries de la photographe : Nicaragua, El Salvador et Kurdistan. Lors de ses nombreux voyages en Amérique latine, Susan Meiselas se rend dans des pays en guerre mais elle y retourne ensuite en tant de paix pour tenter de retrouver les personnes qu’elle avait photographiées par le passé. Son projet Médiations qui a donné le nom à l’exposition à venir en février prochain montre à quel point le sens des images change selon leur contexte de diffusion.

Cette photo, par exemple, est devenue très célèbre au Nicaragua :

Sandinistes aux portes du quartier général de la Garde nationale à Esteli : “L’homme au cocktail Molotov”, 16 juillet 1979
Susan Meiselas
© Susan Meiselas/ Magnum Photo

La veille de la fuite du dictateur Somoza du Nicaragua, en juillet 1979, Susan photographie un révolutionnaire, Pablo Bareta Arauz, en train de lancer un cocktail molotov sur l’un des derniers régiments de la garde nationale : l’homme va devenir le symbole de la révolution sandiniste et sera rapidement surnommé « Molotov Man ». L’image est réutilisée à toutes les sauces : en graffitis sur les murs, sur des t-shirt, des tracts pro-révolutionnaires, des publicités… A l’instar de la fameuse photographie de Che Guevara devenue une icône, le Molotov Man est lui aussi devenu le symbole du renversement du régime de Somoza.

Enfin, avec sa série Kurdistan : In the Shadow of History, Meiselas a réalisé un vrai travail d’archives autour d’un peuple sans nation. Pour l’Américaine, ce projet se voit comme une installation composée de documents anciens et plus récents, en photographie et vidéo.

Le droit des femmes est aussi au cœur de son engagement : pour une campagne de sensibilisation sur la violence domestique, elle photographie en 1992 des scènes de crimes en suivant des enquêteurs, et accompagne le tout avec des documents fournies par les autorités de San Francisco. Elle crée même Archives of Abuse, des collages sur ce thème exposés dans la ville, sur les abribus, par exemple. Le Jeu de Paume dévoilera aussi pour la première fois sa dernière série réalisée dans un foyer pour femmes, A Room of Their Own, à nouveau sur les violences conjugales.

>Médiations, Susan Meiselas, du 6 février au 20 mai prochain au Jeu de Paume

>Ecoutez Susan Meiselas sur France Culture “La photographie est le témoin d’une relation humaine”

 

 

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