Cha Gonzalez : un regard bienveillant sur l’abandon

J’ai rencontré Cha Gonzalez aux Rencontres photographiques d’Arles, cette année. Sa série Abandon m’a particulièrement touchée, mais surtout la manière dont elle en parle. Rencontre au bord du canal de l’Ourcq avec cette jeune maman au regard bienveillant et sans jugements sur ses contemporains.

Cha Gonzalez, 32 ans, fait de la photographie depuis les années lycée. Après le bac, elle rentre aux Beaux-Arts de Bordeaux. En 2006, les mouvements contre le CPE la secouent :

« C’était mon premier rush d’adrénaline. Là, je me suis dis que je voulais être reporter de guerre. Ma mère m’a dit ‘fais le concours des Arts Déco, s’il te plaît’. Du coup, je suis rentrée aux Arts Déco et je ne suis pas devenue photographe de guerre. »

Série « Abandon » par Cha Gonzalez

En 4e année, Charlotte réalise un mémoire sur le thème : « Le photographe de guerre, le filtre médiatique et le spectateur » qu’elle décrit ainsi :

« C’était sur le rapport assez ‘chevaleresque’ du métier, sur fond d’adrénaline et sur les besoins humains qu’on a de ressentir des choses fortes. Je voyais qu’il y avait une certaines hypocrisie mais en même temps, ça existe aussi le fait de vouloir raconter la vie des autres. »

Cha Gonzalez avait peur d’avoir un rapport trop ambivalent sur les zones de conflits : « J‘ai préféré me concentrer sur les guerres intérieures. »

Série « Abandon » par Cha Gonzalez

« Je voulais faire des photos de guerre, de pays qui ne sont pas en guerre. La fête en est un exemple : c’est un lieu où on transgresse des règles. Où on cherche une transcendance. Il y a aussi une forme d’autodestruction. »

Cha Gonzalez a une phobie de l’alcool et de ses conséquences. Elle a longtemps fui tout cela. Aux Beaux-Arts, elle traîne avec des étudiants qui prennent plein de drogues, boivent beaucoup d’alcool :

« J’ai eu une sorte d’overdose de cela. J’avais l’impression de ne jamais être avec les vraies personnes. J’ai un pote qui un jour a fait un bad sous MD. Il était devenu complètement parano, ça l’avait modifié. Ça m’a fait vraiment peur. J’allais à ces fêtes mais j’ai arrêté de boire vers 17 ans. Les drogues je n’y ai jamais touché à part le bédo vers 14, 15 ans. J’ai toujours eu peur de ne plus pouvoir me contrôler, j’avais envie de maîtriser mes pertes de contrôle. En soirée, je peux partir très loin dans une transe, mais sans rien prendre. Quand je veux que ça s’arrête, ça s’arrête. »

Série « Abandon » par Cha Gonzalez

Charlotte commence la série « Abandon » au Liban. Elle a grandi là-bas et y est retournée 7 ans après y avoir vécu. Complètement par hasard, elle se retrouve à habiter dans le même immeuble que par le passé.

« J’ai fait des photos de nuit. Je voulais parler de la guerre à travers les jeunes nés entre 75 et 90, pendant la guerre civile. »

Cha Gonzalez devient ensuite maman, s’occupe beaucoup de son enfant et se retire de la vie nocturne. Quand elle y retourne, tout semble avoir changé :

« Je me suis retrouvée dans des fêtes où les gens prenaient énormément de produits. Du coup, j’ai voulu parler de ça mais sans en parler frontalement. Je ne montre jamais la prise de produit, je ne le fais pas de manière journalistique. J’ai l’impression d’avoir toujours eu un regard maternel sur les gens, protecteur. Dans les fêtes, certains me voient vraiment comme un pilier en qui ils peuvent avoir confiance. »

Série « Abandon » par Cha Gonzalez

Une grand part des photos de sa série Abandon a été prise au Péripate, à Paris. Jacob Khrist, un autre photographe, lui propose de s’y rendre. Elle y va pour la première fois un dimanche matin, après le petit-déjeuner de son fils : « Je suis arrivée dans cet endroit que je trouvais tellement beau. C’était tout ce que j’avais envie de voir depuis longtemps : une ambiance assez infernale et en même temps, des rencontres hyper touchantes, et belles. Et une lumière… »

Série « Abandon » par Cha Gonzalez

« Il y a un côté très beau et un côté très violent. C’est une violence que les gens ont envers eux-même. Une réflexion sur le besoin d’aller à ces fêtes, le dimanche, toute la journée pour… Je ne sais pas pourquoi. Chacun a ses raisons. Moi j’y vais pour discuter et pour danser. Avec mes photos, je veux montrer la beauté de ses situations et la douceur. »

Série « Abandon » par Cha Gonzalez

Cha Gonzalez cherche à se sentir davantage en lien avec ceux qu’elle photographie :

« Il y a quelque chose qui me sépare d’eux, très fort : cette prise de produit, d’alcool, rentrer dans des états seconds. Parfois, c’est effrayant, évocateur de mort. C’est comme si je photographiais des gens qui veulent se suicider mais de la manière la plus douce et la plus belle possible, de manière à ce que les gens voient qu’il y a une part d’humanité très forte. Voir du positif dans du négatif. C’est une question de dignité. Quelqu’un qui est dans un coin, en train de se tordre la mâchoire, je n’ai pas envie de le montrer, pas envie qu’il se voit comme ça ou que cette vision de lui persiste. »

Série « Abandon » par Cha Gonzalez

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