Basile, sauveteur sur l’Aquarius : « Ils s’accrochent à leur gilet de sauvetage comme ils s’accrochent à la vie »

Basile, 29 ans, est originaire de Genève. Volontaire bénévole pour l’ONG SOS Méditerranée , il réalise sa première mission sur l’Aquarius ce mois-ci, après avoir déjà effectué des sauvetages pour une autre ONG à Lesbos, en Grèce, l’année dernière. Rencontre avec ce jeune sauveteur qui met sa vie entre parenthèse pour quelques semaines pour sauver des réfugiés en mer.  

Basile, lors d’un exercice d’entraînement. Aquarius; 21 juillet 2017.

Pourquoi as-tu décidé de t’engager à SOS ?

C’est une évolution logique. J’ai déjà travaillé en Grèce, à Lesbos, où j’ai réalisé six ou sept missions de sauvetage pour l’ONG Refugees Rescue, sur le bateau « Mo Chara », qui signifie « Mon ami » en irlandais. Mais il y a moins d’arrivées, de nouvelles restrictions, les rapports avec les gardes côtes sont plus difficile… J’ai donc candidaté pour travailler à SOS Méditerranée.

Pourquoi sauver les réfugiés ? Tu pourrais faire du sauvetage ailleurs ? Pourquoi cette cause ?

J’aime SOS parce que c’est une organisation apolitique. Le but premier, que ce soit des réfugiés ou n’importe qui, c’est d’éviter qu’il y ait des morts en mer. Il y a eu des dizaines de milliers de morts en mer ces dernières années, c’est la route de migration la plus meurtrière au monde. J’ai l’impression d’être le plus utile ici.

Du coup, tu mets ta vie entre parenthèse ?

Une fois dans la SAR zone (Search and Rescue), l »équipe de SOS Méditérannée se relaye, deux heures chacun, pour scruter l’horizon et voir si un bateau en détresse a besoin d’aide.

C’est sûr qu’il faut faire deux ou trois sacrifices. Mais quand tu lis des livres d’Histoire, tu te dis « On aurait dû faire ça pour éviter ci, on aurait peut-être dû intervenir là… » C’est toujours des « on aurait dû ». Là, au moins, je me dis que je suis au bon endroit, que je suis là pendant qu’ils ont besoin de nous, et qu’au moins j’arrive à faire ma petite partie des choses.

Qu’as-tu ressenti la première fois que tu as sauvé des gens ?

Mon premier bateau ? J’ai chialé. Mais c’était plus des larmes d’émotion. Tu peux regarder des vidéos, des photos, te renseigner autant que tu peux, la première fois que tu vois un petit bateau, plein à craquer, qui bouge de tous les côtés, où tu as l’impression qu’il va se casser à chaque mini-vague, c’est très dur.

Quel type de bateaux vois-tu en mer ?

En Grèce, c’était des bateaux pneumatiques, le plus gros avait 80 personnes. Sur la fin, c’était plutôt des petits bateaux avec 25 personnes dessus, de 4, 5 mètres de long. Ici, on a aussi des bateaux pneumatiques (d’environ 100, 150 personnes) et des bateaux en bois, les grands pouvant contenir jusqu’à 750 personnes, avec des gens dans la cale.

Quelle est l’ambiance sur les bateaux, quand vous ramenez les réfugiés ?

On a eu des bateaux ou personne ne dit un mot et d’autres ou c’est vraiment l’anarchie. Limite, ils se bousculent pour les gilets. Pour eux, c’est comme s’accrocher à la vie : dès qu’ils ont leur gilet, ils se sentent déjà un peu plus en sécurité.

Basile range les gilets de sauvetage sur l’Aquarius pour que tout soit prêt en cas d’urgence.

Que penses-tu des polémiques autour de l’action des ONG, comme quoi elles aideraient les passeurs par exemple ?

Ça montre vraiment l’ignorance et le désintérêt des gens. J’ai même des potes à moi qui pensent qu’on va chercher des réfugiés pour les ramener eu Europe. Mais ils n’ont aucune idée de la réalité de la chose. Nous on voit bien que pour eux, ne pas prendre de risques, c’est la mort assurée. Ils sont prêts à mourir en mer pour fuir l’enfer dans lequel ils sont. C’était pareil en Grèce aussi. Pour arriver à ce niveau de désespoir, ça doit être du solide ce qu’ils ont traversé. Même nous qui entendons leurs histoires, qui avons un contact avec eux, on n’arrive pas à se rendre compte.

Quand tu vois les mamans qui partent avec leur bébé de quelques jours, quelques semaines… Je ne suis pas parent mais tu imagines, prendre ton petit gamin avec toi, sur un bateau comme ça ? Tu te dis que ça se trouve c’est la fin. Pour certains, presque, je pense qu’ils sont déjà un peu mort, d’une manière ou d’une autre, pour faire ce trajet. Ils se disent que c’est leur dernière chance.

Ils n’ont plus rien à perdre…

Quand tu vois comment ils arrivent… Ils sont plus ou moins habillés, avec zéro affaire. C’est quelque chose qui choque ça aussi : ils n’ont rien. Mais rien du tout… Les gars, ils vont commencer une vie avec RIEN. Nous, on est habitué à tout notre petit confort… Eux n’ont rien. Rien.

 

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