La Fundacion MAPFRE de Barcelone présente une rétrospective exceptionnelle -la plus complète jamais réalisée- du photographe américain Peter Hujar (1934-1987) : 160 photographies en noir et blanc sous le titre “Peter Hujar – À la vitesse de la vie” (“Speed of Life“). L’occasion de (re)découvrir les images de ce témoin du New York des années 70-80 : portraits de la scène underground, de ses proches marginaux, écrivains, artistes, mais aussi -moins connus- ses clichés de paysages, ses photos de groupes et ses portraits d’animaux.

Susan Sontag, 1975 . Photo : Peter Hujar.

Qu’on se le dise, je ne connaissais pas vraiment ce photographe avant cette exposition. Et pourtant, dès les premières images, on saisit rapidement qu’il est dans la lignée de Diane Arbus ou Mapplethorpe.

Si à ses débuts Peter Hujar était photographe de mode pour des magazines comme Harper’s Bazaar ou encore GQ, il s’est vite rendu compte, après une douzaine de publications, qu’il voulait faire autre chose que ces publications éphémères. Il décida alors de se consacrer à un travail plus personnel, à la photographie artistique, hors des circuits commerciaux. C’est ainsi qu’il a commencé à documenter la scène artistique et queer new-yorkaise de cette époque.

Peter Hujar a su capter les talents de la contre-culture de son époque. Il tirait le portrait des personnalités qu’il côtoyait et admirait : Andy Warhol, Susan Sontag, William S. Burroughs. Parmi eux, la touche-à-tout Cookie Mueller, grande amie et muse de Nan Goldin, mais aussi actrice fétiche du réalisateur excentrique John Waters. Le portrait qu’a fait Peter Hujar de Cookie est très intime, sans artifice, puissant et doux à la fois :

Cookie Mueller, 1981. Image: © The Peter Hujar Archive LLC.

“Traversée en eau claire dans une piscine peinte en noir”, de Cookie Mueller

Le photographe était proche de Cookie : il a assisté aussi à son mariage en 1986, comme en témoigne cette autre photo qui n’est pas dans l’exposition de Barcelone. [J’en profite au passage pour signaler qu’un livre réunissant les textes de Cookie Mueller vient de sortir, traduit en française, aux éditions Finitudes : “Traversée en eaux claires d’une piscine peinte en noir“].

Nan Goldin expliquait, il y a trois ans, lors d’une conférence organisée par la galerie américaine Fraenkel qui présentait le travail de Peter Hujar :

“Il avait cet incroyable calme et cette sérénité. Il était l’une des personnes les plus profondes que je connaisse. Et il avait cette intégrité, et c’est pourquoi il n’a pas eu de grande carrière. C’était difficile de bosser avec lui. Il refusait les compromis. Quelqu’un a écrit un jour : ‘Mapplethorpe aurait du être connu comme Peter Hujar et Peter aurait du être connu comme Mapplethorpe l’a été.'”

De son vivant, Peter Hujar n’a publié qu’un seul livre : “Portraits in Life and Death“, publié en 1978 et préfacé par Susan Sontag.

La photographie la plus touchante de cette exposition est certainement celle de la célèbre trans Candy Darling, sur son lit de mort. À priori, on la voit belle, posant comme une star hollywoodienne, à qui on aurait offert des roses à la fin d’une pièce de théâtre ou d’un spectacle. Puis, en regardant attentivement, on comprend qu’elle est sur un lit d’hôpital. C’est en quelques sortes un adieu à ses fans, un au revoir romantique entre fleurs mortes et fleurs rayonnantes. Candy Darling disparaîtra six mois après cette prise de vue :

Candy Darling sur son lit de mort, 1973

Peter Hujar était très attiré, dans ses portraits, par le trouble du genre :

Peter Hujar, Ethyl Eichelberger as Minnie the Maid, 1981

Il réalisa cette image, notamment, qui fit scandale, à l’époque. On dit même que Richard Avedon, voulant l’acquérir, avait fait garer sa voiture derrière la galerie qui l’exposait, pour aller l’acheter en toute discrétion…

Peter Hujar’s Seated Male Nude: Bruce de Sainte Croix, 1976.

En 1974, Peter Hujar réalise ce portrait de l’écrivaine américaine Fran Lebowitz, jeune, dans son lit :

Fran Lebowitz at Home in Morristown 1974. Photograph: The Peter Hujar Archive, LLC; courtesy Pace MacGill Gallery

 

Dès 1955, il commença aussi à photographier les animaux, comme en réponse à Diane Arbus, qui disait : “Une chose est sûre, c’est que je ne photographierai jamais un chien étendu dans la boue” :

Bouche Walker (Reggie’s Dog), 1981. Peter Hujar.

Peter Hujar photographiait d’autres animaux, mais aussi des groupes, des paysages urbains… et des jambes :

Sheep, Pennsylvanie, 1969. Peter Hujar.

Peter Hujar, St. Patrick’s, Easter Sunday, 1976

Lower Manhattan from the Harbor. Peter Hujar.

De gauche à droite :
– 1987 The Peter Hujar Archive LLC; Courtesy Pace/MacGill Gallery, New York and Fraenkel Gallery, San Francisco
Christopher Street Pier #2 (Crossed Legs), 1976
– Greer Lankton’s Legs
– Paul’s leg

Peter Hujar est mort à l’âge de 53 ans, atteint du VIH. « La mort n’est pas loin de ma lentille », disait-il. Il n’a pas connu la reconnaissant du milieu de son vivant, restant fidèle à son intégrité. Il a tiré le portrait d’une génération de talents décimés par le sida. Son approche était humaniste avant toute chose. Cette exposition, qui va voyager ensuite aux Pays-Bas et aux Etats-Unis, rend un très bel hommage à ce photographe resté, de son vivant, un peu dans l’ombre de ses pairs.

Peter Hujar, Self-Portrait Jumping (1), 1974

>> “Peter Hujar : À la vitesse de la vie“, jusqu’au 30 avril 2017. Lundi : 14h-20h. Mardi au samedi : 10h-20h. Dimanche et jours fériés : 11h-19h. 3 euros. Fundacion MAPFRE, casa Garriga i Nogues, C/ Diputacio, 250, 08007 Barcelona. 

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