C’est une petite pépite découverte tout à fait par hasard, quand j’écrivais mon article sur les love dolls. En vadrouillant de page en page sur le thème “doll”, je suis tombée sur ce court-métrage de Bertrand Bonello et dont je n’avais jamais entendu parler : Cindy : The Doll Is Mine.

Pour ceux qui ne le connaissent peut être pas, le réalisateur français Bertrand Bonello est aujourd’hui connu pour son film L’Apollonide, qui l’a révélé au grand public, mais aussi Le Pornographe (avec Jean-Pierre Léaud !) et plus récemment Nocturama qui sort tout juste en DVD (le film s’appelait initialement Paris est une fête et raconte l’histoire de jeunes révoltés, qui veulent tout faire exploser dans la ville…. Après les attentats de novembre 2015, le film a été renommé Nocturama). Et puis, dans la filmographie de Bertrand Bonnelo, il y a cette petite perle, moins connue : le court-métrage Cindy : The Doll Is Mine réalisé en 2005.

073204Ce film répond à une commande passée par une société de production à plusieurs cinéastes et consistant à proposer une version cinématographique du travail d’un artiste contemporain. “Ca ne m’intéressait pas de prendre un tableau ou une photo puis d’en faire un film. En revanche, je voulais un support vivant donc Cindy Sherman était l’artiste qu’il me fallait,” raconte Bertrand Bonello dans un entretien avec Anaïs Clanet en 2005. Il dit encore, ce qui résume très bien ce film :

“Ce qui est beau dans le film, c’est cette beauté qui se fissure, tout va bien, la plaie s’ouvre et rien ne va plus.”

Ce court-métrage s’inspire plus particulièrement de la série “Untitled Film Stills“, de Cindy Sherman, sa première série, réalisée entre 1977 et 1980, reprenant l’esthétique des films de série B et plagiant les photographies d’actrice de cinéma des années 50 et 60. Cette série est une reconstitution imaginaire inspirée des films classiques comme ceux d’Hitchcock par exemple.

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C’est l’histoire d’une séance photo, avec d’un côté le modèle, de l’autre la photographe. L’une blonde, l’autre brune. Les deux étant interprétées par la même actrice : Asia Argento.

Interrogé en 2010 par Alain Bergala, commissaire de l’exposition Brune/Blonde, l’exposition virtuelle à la Cinémathèque, Bertrand Bonello expliquait :

“C’est quasiment un genre en soi le film de brune et de blonde. Et là, en plus je me suis inspiré de Cindy Sherman, c’est à dire, l’autoportrait. Elle, plus elle est star, moins on sait à quoi elle ressemble. Plus elle est star, plus elle est démultipliée en artifices, en déguisements, en perruques, en clown… On la croise dans la rue, on ne sait pas à quoi elle ressemble. Alors qu’elle a été photographiée 150 fois. 

[…] Une des questions qu’on se posait avec Asia c’est : laquelle est la plus réelle ? La question de l’apparence, du maquillage, de la disparition pour pour ressembler à quelque chose d’autre, de l’usurpation… C’est quelque chose qui m’a toujours fasciné dans le cinéma. Le cinéma est fait pour ça. Il le montre mieux que les livres. Et qui dit transformation, dit perruques, cheveux.” 

Vertigo, 1957, d'Alfred Hitchcock

Vertigo, 1957, d’Alfred Hitchcock

Je reviens à Vertigo mais le cheveux est vraiment au centre : quatre plans chez un coloriste, un chignon et voilà tout est dit. Tout le reste, le spectateur peut se le fabriquer. Vertigo, c’est un film fait pour les fétichistes. Aussi, les cinéastes : De Palma ne s’en est jamais remis. J’aime bien l’artifice quand il est reconnu comme artifice. Quand on a fait Cindy, on s’est posé la question avec Asia : est-ce qu’on fait une teinture ou on met une perruque ? Je voulais une perruque, que ce soit assumé comme tel.”

Dans ce va-et-vient de champ-contrechamp (dont la réflexion prend d’autant plus de poids qu’Asia Argento est à la fois réalisatrice et actrice) la photographe demande à son modèle de pleurer, jusqu’à ce que son mascara coule. Pourquoi ? demande la blonde face à l’objectif. “Je crois que je serai émue.”

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Cindy, the doll is mine – Extrait from Shellac on Vimeo.

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=V2pWyMbAkQg?list=RDV2pWyMbAkQg]

Le film dure 30 minutes, est en version originale sous-titrée. En bonus, dans le DVD, vous trouverez La copie et l’originale – Conversation téléphonique entre Élisabeth Lebovici, critique d’art, et Bertrand Bonello. La seule musique du film est la chanson Doll is mine, du groupe Blonde Redhead.

Cindy Sherman. Untitled #96. 1981

Cindy Sherman. Untitled #96. 1981

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