30 ans de collection photo, entre l’art et la mode

C’est un voyage à travers le regard d’une passionnée de photographie et de mode. La galerie Azzedine Alaïa, à Paris, expose en ce moment une partie de la collection de Carla Sozzani, galeriste italienne très influente qui créé la Galleria Carla Sozzani et a inventé le 10 Corso Como, à Milan, un concept-store mêlant salon de thé, boutique de luxe, salle d’exposition et librairie. Elle est a collaboré souvent aux côtés de sa sœur, Franca Sozzani, rédactrice en chef de Vogue en Italie.

« Sa collection de photographies est un portrait d’elle, et c’est ce qui en fait l’émotion : on la voit, on retrouve son caractère, son regard, sa vision », décrit Fabrice Hergott, directeur du Musée d’art moderne de la Ville de Paris, qui préface le très beau livre lié à cette exposition et publié en série limitée. Fabrice Hergott a rencontré Carla Sozzani en 2013 et c’est lui qui a choisi les images exposées, parmi plus de 30 ans de collection photographique :

« Je n’ai d’abord retenu que les photographies qui me surprenaient. Celles que j’avais envie de voir et que je reconnaissais comme des œuvres majeures. Une longue et intense expérience de la réalisation d’expositions m’a appris que l’on n’est jamais assez radical dans ses choix et que l’on ne fait jamais assez confiance à son instinct. Un compromis est toujours une faute, une modération une erreur. »

Portrait of sleeping girl, 2000. Roger Ballen.

Portrait of sleeping girl, 2000. Roger Ballen.

Pour Fabrice Hergott, les choix photographiques de Carla Sozzani sont ceux de l’expérience sur la durée, et non de l’engouement. Elle a évité l’erreur fatale en matière de collection et d’exposition : vouloir appliquer une idée, rappelant les mots de Stéphane Mallarmé : « Ce n’est point avec une idée, que l’on fait des vers, mais avec des mots. » Cette collection, finit Alaïa, n’est pas un autoportrait de Carla Sozzani mais sa construction : « Une construction pensée, planifiée et généreuse. »

Oeil de biche, Jean Patchett, New York. Erwin Blumenfeld.

Oeil de biche, Jean Patchett, New York. Erwin Blumenfeld.

Tulsa, 1971, Larry Clark.

Tulsa, 1971, Larry Clark.

Le sens de la beauté, pour Carla Sozzani, s’est beaucoup construit autour de la peinture italienne : « C’est là où mes parents ont joué un rôle déterminant dans la construction de mon goût esthétique. Plus que les musées, je me rappelle avoir visité beaucoup d’églises. On faisait le tour des églises avec mes parents tous les dimanches. Toutes les églises d’Italie, mais pas pour la religion : c’était pour voir les tableaux et l’architecture, » explique-t-elle dans un dialogue retranscrit dans le livre, entre elle et Fabrice Hergott.

Marlene Dietrich et son mari, Eric Sieber, Berlin, 1929. Alfred Eisenstaedt.

Marlene Dietrich et son mari, Eric Sieber, Berlin, 1929. Alfred Eisenstaedt.

Steve Hiett, Cecilia Chancellor, 1996. Steve Hiett.

Steve Hiett, Cecilia Chancellor, 1996. Steve Hiett.

Le Sphynx C., autportrait avec une stripteaseuse, 1956. Frank Horvat.

Le Sphynx C., autportrait avec une stripteaseuse, 1956. Frank Horvat.

Coco Chanel, regardant son défilé. pour Haeper's Bazaar, 1958. Frank Horvat.

Coco Chanel, regardant son défilé. pour Haeper’s Bazaar, 1958. Frank Horvat.

« Jamais je n’ai pensé que ce serait une collection de photographies. Je ne faisais que rassembler des souvenirs, conserver un peu de mémoire. Chaque photo a une raison d’être et une signification qui dépassent quelque fois la simple rencontre avec un artiste et son oeuvre. C’est aussi pour cela que je n’ai jamais voulu m’en séparer. C’est Azzedine qui m’a fait comprendre que toutes ces photographies constituaient une collection. Il a bien sûr raison, mais pour moi c’est aussi et peut-être surtout le journal de la plus grande part de ma vie. » Carla Sozzani.

Central Park West, New York, 1977. Helmut Newton.

Central Park West, New York, 1977. Helmut Newton.

Selfportrait, 1973. Urs Lüthi

Selfportrait, 1973. Urs Lüthi

Fabrice Hergott : « Pourquoi le lien entre la photographie et la mode est-il si fort pour toi ? 

Carla Sozzani : Parce que la photographie et la mode sont liées à l’esthétisme. Si on oublie le photojournalisme, si on oublie Don McCullin, si on oublie Robert Capa et qu’on regarde directement la partie esthétique, il y a très souvent une femme sur la photographie. 

F. H. : Pour quelle raison ? Parce que les photographes sont fascinés par la corps de la femme ?

C. S. : Bien sûr. Dans la peinture aussi. Il existe un nombre incalculables de corps nus de femmes dans la peinture, de madones. Il y a toujours beaucoup de femmes, et c’est sans doute normal. Elles sont la vie. »

Jeanloup Sieff, Rudi Gernreich et Peggy Moffitt, 1965. Wiliam Clarxton.

Jeanloup Sieff, Rudi Gernreich et Peggy Moffitt, 1965. Wiliam Clarxton.

Peggy Moffitt, en Rudy Gernreich, maillot de bain sans haut, 1964. William Claxton.

Peggy Moffitt, en Rudy Gernreich, maillot de bain sans haut, 1964. William Claxton.

Dans l’exposition, on découvre l’intérêt de la grande dame de la mode, pour le photojournalisme, avec entre autres des photographies de Don McCullin :

Jeune homme au café, 1958, Don McCullin.

Jeune homme au café, 1958, Don McCullin.

Bandits turcs, Limassol, Chypre, 1964.

Bandits turcs, Limassol, Chypre, 1964.

Enfin, ces quelques extraits n’ont absolument rien d’exhaustif, tant l’exposition (et le livre, plus encore) montre un nombre impressionnant de photographes de renoms (Duane Michals, Saul Leiter, Bruce Weber…). Pour finir, ces clichés de la collection réalisés par l’une des mes photographes préférées, Francesca Woodman, suicidée à 22 ans, connue pour sa série célèbre d’autoportraits et dont la Fondation Henri Cartier-Bresson a rendu hommage il y a quelques mois :

De la série anguilles, Venise, Italie, 1978. Francesca Woodman.

De la série anguilles, Venise, Italie, 1978. Francesca Woodman.

Untitled, Providence, Rhode Island, 1975-76. Francesca Woodman.

Untitled, Providence, Rhode Island, 1975-76. Francesca Woodman.

 

« Entre l’art et la mode : la collection Carla Sozzani. Une sélection de Fabrice Hergott« . Galerie Azzedine Alaïa. 18, rue de la Verrerie. 75004 Paris. De 11h à 19h. Tous les jours de 11h à 19h. Entrée libre. Jusqu’au 26 février 2017. 

 

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