Père de la photographie sociale, Jacob Riis (1849-1914) a bouleversé le monde du photojournalisme en révélant au grand jour le visage de la pauvreté, à une époque où l’information circulait sommairement. Son but : réveiller les consciences.

"I Scrubs." - Katie, who Keeps House in West Forty-ninth Street / Jacob Riis.

“I Scrubs.” – Katie, who Keeps House in West Forty-ninth Street / Jacob Riis.

En 1890, le photographe Jacob A. Riis réalise une série qui posera les fondements de ce qu’on appelle aujourd’hui “la photographie sociale”. Son livre “Comment l’autre moitié vit » (“How the Other Half Lives ») dépeint les bas quartiers d’une Amérique pauvre, illustrant les conditions de vie déplorables des bidonvilles du New-York des années 1880.

"La pauvreté à Bayard Street". Jacob Riis

“La pauvreté à Bayard Street”. Jacob Riis

Immigré danois, Jacob Riis, voulait qu’une partie de la population (les classes moyennes et la haute société) réalise l’immense pauvreté dans laquelle vivaient les immigrants. Il ne s’est pas arrêté à la photographie (il utilisait d’ailleurs la dernière technologie au flash) : ses clichés étaient agrémentés de dessins, d’histoires individuelles et d’informations statistiques précisant l’ampleur du phénomène. “L’autre moitié » représentait plutôt les trois quarts avec 1,2 millions de pauvres à New York à cette époque, atteints pour certains, de maladies comme le typhus, le choléra ou encore la tuberculose.

“A Scrub and Her Bed, Eldridge Street Station,” by Jacob Riis, 1892. Credit Jacob A. Riis Collection, Museum of The City of New York

“A Scrub and Her Bed, Eldridge Street Station,” by Jacob Riis, 1892. Credit Jacob A. Riis Collection, Museum of The City of New York

Son but ultime était de faire prendre conscience et de créer de l’empathie envers les exclus de la société, afin que la population plus aisée leur vienne en aide et fasse un geste pour éradiquer la misère : il voulait éveiller les esprits à la conscience sociale. Il tenta au début de publier des articles dans la presse, mais de nombreux journaux refusaient d’éditer les faits qu’il rapportait, accompagnés de gravures inspirées de ses photographies, parce que cette réalité dérangeait les riches propriétaires des divers journaux de l’époque.

Son travail prit finalement la forme d’un livre : “Comment l’autre moitié vit », un titre en référence à une phrase de l’écrivain François Rabelais dans “Pantagruel“, une fable d’humour noir critiquant un certain obscurantisme du Moyen-Age, l’intolérance et l’ignorance : “la moitié du monde ne sait pas comment l’autre vit. »

Ce témoignage-choc a même donné naissance au “muckraking », le journalisme “fouille-merde », qui deviendra un mouvement suivi aussi par des écrivains pour dénoncer tout ce qu’on ne veut pas voir : la corruption, la pollution, les dangers liés à l’alimentation, le harcèlement sexuel, les fraudes….

"La rue des Bandits" (Bandits roost, New-York Slum) / Jacob Riis

“La rue des Bandits” (Bandits roost, New-York Slum) / Jacob Riis

 

Jacob Riis n’a pas seulement chercher à dénoncer : il voulait aussi trouver des solutions. Il consacrait un partie de son temps libre à collecter des fonds pour les plus démunis. Theodore Roosevelt disait de Riis qu’il était “le meilleur Américain qu’il ait jamais connu. » Quoiqu’il en soit, Jacob Riis n’était pas du tout un amoureux de la photographie : pour lui, ce n’était qu’un outil lui permettant de montrer la vérité qu’il souhaitait montrer au grand jour. Quitte à choquer, avec des images dures.

"Mulburry Street". Jacob Riis

“Mulburry Street”. Jacob Riis

© Jacob A. Riis: Revealing New York’s Other Half

© Jacob A. Riis: Revealing New York’s Other Half

© Jacob A. Riis: Revealing New York’s Other Half

© Jacob A. Riis: Revealing New York’s Other Half

© Jacob A. Riis: Revealing New York’s Other Half

© Jacob A. Riis: Revealing New York’s Other Half

> (Re)Lire aussi : De l’illustration de presse aux premiers photoreportages 

 

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