La violence conjugale vue par six femmes photographes

Hier, vendredi 25 novembre, c’était la journée internationale contre la violence faite aux femmes. Si la parole se libère peu à peu sur le sujet dans les médias, il est très difficile de l’illustrer en photographie. Pourtant, par le passé, six femmes photographes ont levé le voile sur ce tabou. Parfois, le travail de toute une vie. 

DONNA FERRATO

Donna Ferrato est une photojournaliste américaine engagée, durant toute sa carrière, dans la lutte contre les violences conjugales. Son travail documentaire a été réuni dans un livre : « Living with the enemy« , édité en 1992 par la Fondation Aperture.

Time est revenu, dans sa sélection des 100 photos les plus influentes du monde, sur cette célèbre image prise en 1982 par la photographe :

Donna Ferrato, extrait de son travail "I Am Unbeatable"

Donna Ferrato, extrait de son travail I Am Unbeatable

Au début, la photographe a rencontré ce couple pour réaliser un sujet sur la célébrité. Elle les a suivi pendant des années, est devenue leur amie, leur confidente. Et puis un jour, elle est appelée à la rescousse…

Voir l’épisode consacré à Donna Ferrato de l’excellente série documentaire « Conflict » sur le photojournalisme, produite par Redfitz :

Ep 3: CONFLICT / Donna Ferrato « I Am Unbeatable » from redfitz on Vimeo.

LIZZIE SADIN

Entre 1996, et 1998, la photojournaliste Lizzie Sadin réalise un reportage intitulé « Est-ce ainsi que les femmes vivent ? » Un travail de longue haleine sur les violences domestiques. Pendant trois ans, elle visite les services d’urgences des hôpitaux, les commissariats de police, les foyers d’accueil, les palais de justice… Parfois aussi, elles parvient à rencontrer des femmes, chez elles, dans leur domicile.

Lizzie Sadin / Est-ce ainsi que les femmes vivent ? 1998

Lizzie Sadin / Est-ce ainsi que les femmes vivent ?
1998

Dans un deuxième temps, elle réalise une autre série Mâles en poing, pour se focaliser cette fois sur les auteurs de ces violences. Ses photographies illustreront en 2006 la campagne d’Amnesty Internationale contre la violence faite aux femmes.

JANE EVELYN ATWOOD

518lwp4y1lDeux ans d’enquête en France ont permis à Annette Lucas et la photographie Jane Evelyn Atwwood de réaliser l’ouvrage A contre-coups, publié aux éditions Xavier Barral. Quinze portraits de femmes de tous les âges et de tous les milieux, témoignent de la violence qu’elles ont subie mais surtout de la manière dont elles se sont reconstruites. Loin d’être misérabiliste, ce livre veut rendre hommage à la dignité et à la force que ces femmes ont eu en elles pour reconquérir leur liberté, pas à pas.

"A contre-coups", un ivre-enquête d'Annette Lucas et Jane Evelyn Atwood

« A contre-coups », un livre-enquête d’Annette Lucas et Jane Evelyn Atwood

NAN GOLDIN

Si vous me lisez régulièrement, vous connaissez mon obsession pour Nan Goldin. Comment oublier cette image d’elle, le visage tuméfié par les coups portés par son petit ami de l’époque, Brian. Cet autoportrait a été réalisé un mois après la scène de violence, en 1984.

Nan one month after being battered 1984

Nan one month after being battered 1984

Moins connu, peut-être, cette autre photo :

Nan Goldin, All by Myself, 1993−1996 (Detail), © Nan Goldin / Courtesy Matthew Marks Gallery, New York

Nan Goldin, All by Myself, 1993−1996 (Detail), © Nan Goldin / Courtesy Matthew Marks Gallery, New York

Ces deux images font partie de sa série All By Myself.

ANNIE FLANAGAN

La photographe Annie Flanagan a photographié son ami, Hannah. Lorsqu’elles avaient 20 ans, les deux copines ne se voyaient plus car Hannah était dans un relation violente avec son petit ami de l’époque. Désemparée, Annie ne savait pas quoi faire et c’est à cette période qu’elle a commencé à réfléchir au sujet des violences sexuelles et domestiques. Lorsque Hannah a quitté son petit ami, les deux femmes ont commencé à se revoir. Hannah souffrait de ce qu’on appelle le « choc post-traumatique ». Lors de ses années de rétablissement, elle passait parfois plusieurs jours sans dormir et s’arrachait tous les poils et cheveux, jusqu’à n’avoir plus de sourcils, de cils, ni de cheveux sur la tête. Annie Flanagan met le doigt, avec ses images, sur le traumatisme, causé par la violence.

Hannah, âgée de 22 ans, six mois après avoir quitté son compagnon violent. Annie Flanagan/Alexia Foundation

Hannah, âgée de 22 ans, six mois après avoir quitté son compagnon violent. Annie Flanagan/Alexia Foundation

Pendant les années de violence, Hannah a oublié qui elle était. Le travail de son amie photographe l’a aidé à se reconstruire. Le principal message de ces clichés est de montrer que la souffrance ne s’arrête pas une fois que l’abus s’arrête. Soulignant l’importance du soutien des proches, Annie Flanagan montre ici la résilience des survivant(e)s.

SARA LEWKOWICZ

La photographe Sara Naomi Lewkowicz a réussi à montre la violence au cœur de l’intime. Alors qu’elle réalise un reportage sur d’anciens détenus, dans l’Ohio en 2012, elle rencontre Shane, 31, qui avait passé une grande partie de sa vie en prison, et Maggie, 19 ans, ancienne toxicomane et mère de deux enfants de 2 et 4 ans. Un soir, elle est témoin d’une terrible scène de violence.

Suite à la publication de ses images, certains commentateurs lui ont reproché de ne pas être intervenue et d’avoir préféré réaliser des images de la scène. Elle s’en est défendue : la police lui a dit que si elle avait agi, cela n’aurait fait qu’envenimer les choses et qu’elle se serait mise en danger, tout en faisant prendre de nouveaux risques à Maggie. En 2014, une photographie de cette série reçoit le World Press Photo dans la catégorie «Problèmes contemporains.»

About A Photograph : Sara Naomi Lewkowicz from thinkTank Photo on Vimeo.

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Pour aller plus loin, voici un podcast proposant un témoignage choc d’une victime de violence et un article où je raconte comment le buzz autour de la couleur de robe (bleu et noir ou blanche et or ?) a été détourné par l’Armée du Salut pour dénoncer les violences conjugales :

2 réflexions sur “La violence conjugale vue par six femmes photographes

  1. Pingback: Le blog de Margaux Duquesne-journaleuse,en effet:la violence contre les femmes a explosé avec la « révolution sexuelle  initiée par le « docteur Kinsey  homosexuel,pédophile et violeur de bébés, et qui a poussé les f

  2. Pingback: Les mots d’amour de Nan Goldin à Ed van der Elsken | Journaleuse - Le blog de Margaux Duquesne

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