Le Vietnam fiévreux en un livre et un film

Ce qui relie ce livre et ce film ? La moiteur du Vietnam, d’Hanoï à Saigon, la jeunesse fiévreuse qui s’éveille aux relations amoureuses et le doute propre au jeune âge de ces héros en quête de liberté et d’émancipation. 

9782234081758-001-x_0Le 24 août dernier, les éditions Stock publient L’éveil, premier roman de Line Papin, une jeune écrivaine de 20 ans. Avec cet ouvrage, elle remporte le Prix Littéraire de la Vocation, qui a, par le passé, distingué des auteurs débutant comme Amélie Nothomb, Emmanuel Carrère ou encore Adrien Bosc.

Son histoire se déroule à Hanoï, au Vietnam, où se croise le destin de trois jeunes, plus tout à fait adolescents, mais pas encore vraiment adultes. Deux filles qui ne se connaissent pas, Juliet et Laura, se partagent le même amour pour un homme, qui n’est jamais nommé. Line Papin s’en explique : « Aucun nom ne m’est venu pour lui. J’ai sans doute préféré qu’il reste une figure fantasmée, disponible à l’imagination de tout le monde, afin que chaque lecteur puisse imaginer peut-être en filigrane un prénom à sa guise. »

Line Papin, Paris le 3 août 2016

Line Papin, Paris le 3 août 2016

Ce triangle amoureux prend tout son relief dans une narration qui change de point de vue, passant d’un personnage à un autre, au fil des chapitres, un peu comme l’on passerait d’une chambre à l’autre. Car si ces rencontres se passent au Vietnam, l’histoire se passe principalement entre quatre murs. « La vie se passe à l’extérieur, mais les moments d’intimité ou de repos ont lieu à l’intérieur, en raison de la chaleur notamment, qui devient parfois si insupportable que les gens doivent rentrer à midi faire la sieste car ils ne peuvent plus travailler tant il fait lourd, continue la jeune auteur. Le livre est très resserré sur les personnages et leur intimité, il est souvent en longue focale, pour ainsi dire, ce qui explique qu’ils se retrouvent dans les chambres, où ils peuvent se torturer un peu d’amour d’attente et de réflexion. Qui plus est, c’est un livre sur les relations et l’impossibilité de laisser entrer quelqu’un dans sa vie, l’intrusion dans la chambre. » Inviter quelqu’un dans son intimité ou au contraire, lui fermer la porte.

Juliet, expatriée, d’une famille de diplomate, c’est un peu la fille à papa en manque d’aventures. Elle ne semble pas connaître grand-chose de la vie, dans sa cage dorée, lorsqu’elle rencontre inopinément cet homme mystérieux qu’elle a du mal à cerner. Pourtant, elle est happée par lui. Instinctivement, elle ne cesse de vouloir être avec lui. De son côté, lui, incapable de la repousser, s’habitue simplement à elle, à sa présence : « Il y a des gens comme ça, qui vous tombent dessus sans raison, qui forcent votre porte, et il faut se débrouiller avec eux, les adopter, les embrasser », lit-on au fil des pages.

Le narrateur se laisse ainsi porter dans cette relation dont il n’attend rien, si ce n’est, oublier son passé douloureux avec Laura. Laura est à l’opposé de Juliet. Torturée par ses démons qu’elle noie dans l’alcool et la fête jusqu’à point d’heure (le livre évoque en filigrane l’anorexie), Laura est cette fille sans attaches, dont on sait, au premier regard, qu’elle va vous faire souffrir.

L’expatriation, le Vietnam, les relations charnelles avec un homme mystérieux et les sentiments naissant… Bien sûr, on pense à Marguerite Duras et à son livre L’Amant. Mais l’écriture vive et spontanée de la Line Papin, qui est née au Vietnam et y a vécu jusqu’à ses 10 ans, fait rapidement oublier la comparaison en imposant un style unique et piquant. Elle jongle agilement entre la légèreté de l’écriture et la lourdeur des tiraillements amoureux.

Deux garçons, une fille, trois possibilités

phimchavaconLe film Mékong Stories, du réalisateur Phan Dang Di, sorti cette année en salle, raconte ce que c’est que d’avoir 20 ans dans le Vietnam des années 2000. Le jeune Vu débarque de sa campagne et vient étudier la photographie à Saigon, grâce à un appareil photo offert par son père. Il entretient un relation ambigu avec Thang, son meilleur ami, serveur dans une boîte de nuit, qui (sur)vit surtout de petits trafics. Ils parcourent ensemble le monde de la nuit et font la rencontre de Van, une jeune femme qui rêve de devenir danseuse de ballet, mais se produit en réalité plutôt sur les scènes des boites de nuit de la ville.

Au-delà de dépeindre les questions existentielles que l’on se pose à la veille de l’âge adulte et ses questionnements sur son orientation sexuelle (l’homosexualité de Vu, notamment), ce film dresse le portrait d’un pays, 20 ans après la guerre du Vietnam, qui s’ouvre peu à peu à la société de consommation. Une époque où tout devient possible. La prison ne fait plus peur, les Vietnamiens aspirent à devenir riches. Une génération pour qui exister signifie sortir dans les bars et discothèques de la ville. Pourtant, la pauvreté n’appartient pas au passé. A Saigon, on paye les hommes qui acceptent de se faire stériliser, afin de lutter contre la surpopulation. Une tentation pour des jeunes perdus, prêts à tout pour avoir un peu de liquide au fond de leur poche. Et s’acheter ainsi leur liberté.

Lire aussi : « Nous ne sommes qu’un grain de sable« , entretien avec Phan Dang Di sur UniversCiné

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  • L’éveil,de Line Papin, éd. Stock, 256 p., 18,50 euros
  • Mékong Stories, de Phan Dang Di, 2016, avec Do Thi Hai Yen, Le Cong Hoang, Truong The Vinh, 2016.

Une réflexion sur “Le Vietnam fiévreux en un livre et un film

  1. Pingback: Un hôtel colossal abandonné en plein Saigon | Journaleuse - Le blog de Margaux Duquesne

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