Les conseils de Jean-Pierre Laffont aux jeunes photojournalistes

En 2015, la Maison Européenne de la Photographie, à Paris, a consacré une exposition rétrospective (« Tumultueuse Amérique ») au photojournaliste Jean-Pierre Laffont, qui a cofondé l’agence Sygma et travaillé 30 ans aux Etats-Unis. A l’occasion d’une interview sur une photo importante de sa carrière, il avait délivré ses conseils aux photorepoters débutants. 

25 juin 2013. Manhattan, New York. Jean-Pierre Laffont devant le chemin de fer de son livre à paraître ‘Le Paradis d’un Photographe’. A ses côtés reposent les valises qui ont voyagé dans le monde entier avec lui. Photo par Sam Matamoros.

« N’allez pas dans les magazines pour quémander du travail. Si vous montrez la photo de votre grand-mère avec le petit chat, on ne vous recevra pas une deuxième fois. Encore moins si vous le faites en noir et blanc parce que vous pensez que c’est bien…

Faites de la couleur, encore de la couleur, entièrement de la couleur ! Il y en a marre de ces reportages qui, pour faire vrai, ancien, ou sérieux, fond du noir et blanc. On voit le monde, depuis notre plus tendre enfance en couleur. Pourquoi les miennes sont en noir et blanc ? Parce que tous mes clients imprimaient en noir et blanc, ils ne faisaient pas de couleur à l’époque.

La deuxième chose, et c’est très important : quand vous allez montrer à un magazine votre travail, il faut montrer des reportages qui pourraient être publiés par ce magazine. Allez-y avec trois ou quatre sujets qui se tiennent, avec plusieurs photos. Pas plus de 10 photos : pas moins de 5 non plus. Des photos bien construites, nettes, propres, avec une bonne composition, une bonne chromatique.

Par exemple, si vous voulez traiter des problèmes des fermiers : les voilà avec leurs tracteurs, devant les monuments de Paris en train de manifester, des confrontations… On a vu dans les manifestations, allez chercher les autres photos : leur famille, leur récolte, leur moissonnage, leurs animaux.. Pas un fermier : cinq ou six. On doit les voir en train de faire des réunions avec d’autres fermiers, dans leur quotidien… Montrez leur difficulté d’emploi du temps, l’effort énorme de ces fermiers, le prix de vente de leur récolte… Jusqu’au moment où ce produit est dans le supermarché. C’est un peu bête cet exemple, mais c’est quelque chose que j’aurais aimé faire. On montre ainsi qu’on s’intéresse à la vie profonde de ce pays.

Bien sûr, on pense souvent plutôt à aller montrer la guerre, mais déjà combien en reviennent avec rien ? Ou d’autres avec des blessures ? Ou encore ceux qui disparaissent ? Souvent, ils étaient à un endroit, mais la photo s’est passée à 100 mètres d’eux. Je ne dirai pas à des jeunes d’aller là-bas pour commencer. Il faut déjà faire de bonnes photos, maîtriser son appareil, ses objectifs, comprendre les problèmes de cadrage basique, savoir les envoyer, travailler sur Photoshop avec les métadatas , les légender, mettre les copyright , savoir à qui les envoyer…

Il faut présenter des photos belles, précises, dont on est fier. Écoutez les réactions. Evidemment, il y a aussi des mauvais photo-éditeurs. Allez en voir d’autres. Allez à Visa pour l’image, pour en rencontrer et montrer ce que vous faites et jetez-vous à l’eau ! »

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