Retour aux sources du genre post-apocalyptique au cinéma avec le documentaire en deux parties Mad Max – Univers brûlant, de Jac & Johan. Et pas avec n’importe qui : George Miller, Noam Chomsky, Guillermo del Toro… Ces pointures analysent cette saga culte et les thèmes qu’elle aborde comme l’écologie, la civilisation ou encore la fin de l’humanité.

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MAD MAX UNIVERS BRÛLANT – TEASER from Rockyrama on Vimeo.

Relire Mad Max à travers notre histoire faite de menaces nucléaires, de choc pétrolier, de catastrophes climatiques et de crise migratoire. Un pari osé pour ce documentaire enrichi d’animation diffusé ce soir et demain sur Canal + Cinéma. Pour Johan, l’un des co-réalisateurs, le choix de cette série de films était évident : « Mad Max est très certainement l’une des plus grandes saga de toute l’histoire de la pop culture, et pour cause avec son premier film, George Miller invente un genre : le post-apocalyptique. Après lui des dizaines de réalisateurs et autres créateurs vont reprendre à leur compte cette imagerie, avec plus ou moins de talent. »

Pour parler écologie et fin du monde, un casting de rêve : « Nous avons immédiatement décidé d’avoir des intervenants qui feraient autorité dans leur domaine. Les thèmes abordés sont forts et il était hors de question de les prendre à la légère. Il est quand même très difficile de ne pas prendre au sérieux Noam Chomsky ou Guillermo del Toro par exemple, sans compter George Miller qui reste le meilleur représentant de sa création. Le soir où Noam Chomsky nous a envoyé un mail en se disant « intrigué » (selon ses mots) par le concept, nous n’en sommes pas revenus. » Le documentaire revient aussi sur l’influence de la saga Mad Max sur la culture japonaise qui s’en est emparé avec des créations comme Ken le survivant, Akira ou Ghost in the Shell.

DESTRUCTION

Dans sa première partie, le documentaire s’attache aux origines du film et à ses personnages. Le créateur de la saga George Miller revient ainsi à la genèse du premier Mad Max : « J’étais plus intéressé par l’histoire personnelle, par la réaction d’une personne prise au piège dans un monde chaotique, qui assiste à la mort de sa famille et qui tente de vivre avec ce qu’on appelle aujourd’hui le stress post-traumatique. » A cette époque Miller était médecin et cet “état” n’avait pas encore été réellement défini.

vengeance

Mad Max, c’est aussi l’histoire d’un homme qui a des valeurs mais vit dans un monde où les choses se sont tellement dégradées que les codes d’honneur ne sont plus respectés : « Les gens n’ont plus d’autres choix que de devenir des charognards, que de devenir violents », analyse le critique cinéma Rob Ager (de Collative Learning). Une situation qu’on retrouve en période de guerre, de violences entre gangs : comment un homme peut-il continuer à suivre ses principes dans une situation où personne ne les respecte ? De par la perte de sa famille, Mad Max est resté coincé dans le passé et ne croit plus en l’avenir, vivant dans un univers sombre et sans espoir.

« Furiosa est post-punk »

Le réalisateur mexicain Guillermo del Toro analyse la vision des femmes dans l’univers de Mad Max, notamment dans le dernier épisode Fury Road : « Furiosa est post-punk. C’est une véritable héroïne parce que d’une certaine façon Furiosa devient Max. C’est elle le vrai Mad Max. Pour moi, ce n’est pas Tom Hardy, c’est elle. [George Miller] voit [les femmes] comme une forme plus évoluée d’humanité. » Sans compter la figure emblématique d’Aunty Entiry, dans Mad Max 3, interprétée par Tina Turner et dont George Miller semble fasciné : « Miller est presque amoureux du personnage. Il ne peut pas se résoudre à faire d’elle une méchante », explique Rob Ager.

FURIOSA

Autre ironie, on s’étonne de voir dans Mad Max – Fury Road des armes en abondance dans un monde où l’eau se fait extrêmement rare : la fabrication de machines à tuer prend le pas sur la fabrication de nourriture ou de médicaments. Tout comme dans la réalité.

faim

CIVILISATION

La deuxième partie du documentaire s’attache plus à faire un parallèle entre les thèmes traités par Mad Max et notre histoire, passée ou actuelle. Les intervenants tentent de définir ce que devrait être la civilisation avant de confronter ces définitions à la réalité. Par exemple Noam Chomsky rappelle que ce terme est né à l’époque des Lumières : « Progrès, morale, comportement, avancées techniques, véritables interactions entre êtres humains. La civilisation n’est pas un phénomène, c’est un idéal vers lequel on tend. »

Quoiqu’il en soit, la civilisation s’oppose à la barbarie. Dans un monde civilisé, les individus apprennent à maîtriser leurs violences individuelles et l’Etat protège ses citoyens de l’ennemi extérieur. Pourtant, les plus grands massacres de masse ont eu lieu dans des endroits qui ont été par ailleurs considérés comme des fleurons de la civilisation…

sation

Mamoru Oshii, réalisateur du dessin animé futuriste cyberpunk Ghost in the Shell se déroulant dans les années 2030, compare la vision européenne et japonaise de l’évolution de la civilisation. Si en Europe, on pense que l’humain s’est dépravé au fil des siècles et que c’est la raison pour laquelle le monde tourne mal, au Japon, on accepte davantage cette « évolution naturelle du monde » : « La question n’est pas qu’est-ce que va devenir ce monde ? Mais qu’allons-nous faire de ce monde ? (…) Je pense que l’Homme doit changer car sans changements il n’y a aucune solution possible. »

evolution

Noam Chomsky, penseur révolutionnaire ainsi présenté dans le documentaire, décrit notre monde comme tout le contraire de la civilisation : « Les privilégiés ont accès à un grand confort matériel, mais d’un autre côté, il y a un près d’un milliard de gens qui meurent de faim. Le monde est incroyablement riche et pourtant une soixantaine de personnes dans le monde détient la moitié de cette richesse. » Pour lui, c’est intrinsèque à notre système économique capitaliste, et ce modèle basé sur le profit maximal est voué à la destruction.

EONCOM

La gestion des ressources est un thème fort de la saga Mad Max. A ce propos, George Miller définit ses films comme spéculatifs, usant de la fiction et de l’allégorie pour passer ses messages : « Ce sont des avertissements, d’une certaine façon. »

Pour Chomsky, si on ne s’attaque pas sérieusement aux problèmes climatiques, « alors les autres risques paraîtront dérisoires, en comparaison. Exceptée la menace d’une guerre nucléaire. » Et pour le philosophe, la crise des réfugiés en Europe est la conséquence des actions de l’Occident : « Le pire crime de ce siècle, l’invasion en Irak, entre autres terribles conséquences, a généré des conflits sectaires qui déchirent l’Irak et les zones mitoyennes. » Les catastrophes climatiques entraînent des déplacements de population, ce qui génère des conflits sectaires allant parfois jusqu’à la guerre, comme au Darfour, par exemple, résultat de la désertification, qui découle elle-même du changement climatique. Et cela pourrait s’empirer dans d’autres régions du monde.

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BONUS

Pour la bande son, on retrouve le groupe Justice mais aussi le lyonnais 2080 qui nous offre un final sublime… Mad Max – Univers brûlant est le premier documentaire produit par Rockyrama (en co-production avec Fauns), dont on connaissait déjà le magazine qui fait la belle part au cinéma et à la pop culture :

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Mais il n’est pas le premier de ce duo de réalisateurs à qui l’on doit déjà de nombreux documentaires sur des sujets qu’on adore : du plus récent (Russ Meyer, le saint des seins, 2015) qui fait le portrait du “Walt Disney de la pornographie des années 60”, au plus ancien sur les rétro gamers et autre fans de jeux d’arcade, en passant par des films sur les zombies, les tueurs en série, Steven Seagal ou encore la saga des films Saw.

Bientôt un coffret collector ? On en rêve.

Mad Max – Univers brûlant, sur Canal + Cinéma, mardi 10 et mercredi 11 à 22h20 (respectivement partie 1 et 2) et samedi 14 mai à 20h pour l’intégrale.

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