Le documentaire Larry Lessig : la rébellion du professeur de Harvard, réalisé par Flore Vasseur et Laurent Besançon et diffusé ce soir sur Arte à 0h10, retrace le combat politique d’un OVNI de la campagne présidentielle américaine.

larr« Ils sont un millier à couper les branches du mal, mais un seul s’attaque aux racines, » écrivait le philosophe Henry David Thoreau. Lawrence Lessig pourrait être celui qui s’attaque à la racine de la corruption à Washington. Ce professeur de droit et d’éthique à Havard, spécialisé en droit constitutionnel, aurait pu prétendre à la fonction de juge à la Cour suprême. Mais ce rebelle, icone de la culture libre sur Internet, en a décidé autrement. Ce brillant activiste, ancien conseiller de Barack Obama en 2008, a fait le choix de se servir de ses connaissances pour dégager la démocratie de l’influence de l’argent.

Car en effet, aux Etats-Unis, qui gouvernent exactement ? Comment préserver l’intérêt général quand l’argent semble déterminer l’intérêt politique ? Le film rappelle dès les premières minutes que dans ce pays, « 96{aa800cd59a8e126a9c87cbda5ee1ecafe3daff93897672955994b8587645c0a2} des parlementaires sont élus non grâce aux idées qu’ils défendent mais grâce aux fonds qu’ils récoltent. » La loi de financement des campagnes électorale est montrée du doigt, une loi que Larry Lessig veut faire tomber. En août 2015, il annonce sa candidature à la campagne présidentielle des Etats-Unis : s’il est élu, il organisera un référendum sur l’égalité devant le vote pour rétablir la démocratie. Puis, n’étant pas attiré par le pouvoir, il démissionnera. Il se veut l’homme d’une seule action.

Remise en cause de l’arrêt Citizens United

Larry Lessig invite les Américains à demander à leurs candidats de répondre à une question, qui pour lui est centrale dans cette élection : quelles réformes proposerez-vous pour mettre fin à l’influence nocive de l’argent en politique ? Comment mettre un terme à la corruption de Washington ? Le site QuestionR, qu’il met en place avec son équipe, permet de réunir toutes les réponses en vidéo des candidats. Sur ce site, chaque internaute peut ainsi débattre des actions proposées.

Hillary Clinton, par exemple : « Je suis pour un amendement à la Constitution. J’estime que la Cour suprême a fait une énorme erreur en adoptant l’arrêt Citizens United [arrêt historique rendu en 2010, permettant la participation financière des entreprises aux campagnes politique, ndlr]. Cela perturbe et corrompt notre système politique (…) Je me débarrasserais de l’arrêt Citizens United. C’est une priorité absolue dans notre agenda politique. »

trumpDe son côté, Donald Trump aussi souligne l’absurdité d’un tel fonctionnement : « Ce n’est pas bon pour le pays, c’est un mauvais système. Jeb Bush a levé 114 millions de fonds, approximativement. Il est la marionnette de tous ceux qui financent sa campagne. Il est sous leur contrôle. Il est aux mains de ceux qui lui ont donné de l’argent. » Toujours dans ce sens, l’ancienne Président des Etats-Unis d’Amérique, Jimmy Carter : « Cela va à l’encontre de ce qui a fait des Etats-Unis un grand pays sur le plan politique. C’est désormais une oligarchie, un système infiniment corrompu qui décide de l’investiture d’un candidat et de son élection à la présidence. »

Code Is Law

« Est-il fou ou génial ? » La campagne de Larry Lessig sera en tout cas collaborative : il demande aux internautes de financer le premier million, celui qui lui permettra de se lancer. A la tête de son comité de campagne, il nomme le fondateur de Wikipédia, Jimmy Wales.

aaeronPour comprendre qui est vraiment Larry Lessig, il faut remonter en 1997, date où il publie « Code is Law – De la liberté dans le cyberespace » (janvier 2000, Harvard Magazine), article visionnaire où il prévient qu’au-delà du formidable espace de liberté qu’Internet représente, ce pourrait aussi devenir un puissant outil de contrôle des populations. La responsabilité en reviendrait donc aux codeurs, ceux qui programment l’Internet. Son premier combat, bien avant la corruption du système politique, est la défense de l’Internet comme outil de création et de partage du savoir : « Les pionniers du web le reconnaissent comme l’un des leurs, les codeurs le portent aux nues », explique le film. Larry Lessig est notamment le créateur, avec Aaron Swartz, l’informaticien et fondateur de Reddit, décédé en 2013, du Creative Commons : « C’était un concept simple qui proposait un certain espace de liberté », raconte le professeur de Harvard, dans le documentaire. Ce concept offre la capacité pour tous créateurs de décider des droits attachés à son œuvre. Son aura, son expérience et ses appuis autant à la Silicon Valley que parmi les militants seront-ils suffisant pour replacer l’intérêt général au cœur de la campagne des Etats-Unis ?

Ce documentaire est conçu en partenariat avec TED (Technology, Entrainement, Design) et s’insère dans une série créée par Flore Vasseur, consacrée aux idées innovantes pour le monde demain. TED offre la parole à des scientifiques, des artistes, des activistes… qui discutent des évolutions à venir dans leur différents domaines d’expertise.

Rencontrée en 2014, Flore Vasseur, également auteure de romans, évoquait déjà certaines problématiques de son documentaire : « Qui gouverne ? Qui a le pouvoir aujourd’hui ? En droit constitutionnel, il y a l’État, le Président, les ministres. Dans le business, j’ai appris les multinationales, les lobbys, les groupes d’intérêts, le marketing, la publicité. Face à une finance toute puissante, à des politiques dépassés et à une presse amorphe (…), le hack n’est-il pas finalement le dernier contre-pouvoir ? En tant que romancière ou citoyenne, je trouve ces questions passionnantes. »

ted1

Share: