Sur la route… d’Alix !

[L’été, ce moment où l’on prend le temps de lire… A cette occasion, j’ouvre les colonnes de Journaleuse à une nouvelle plume, qui vous présentera les Billets doux d’Alix, une série littéraire dont voici le premier épisode. En route !]

Un samedi après-midi où je traînais dans une librairie – c’est là que je passe le plus clair de mon temps – j’ai fait une rencontre. Le roman de Jack KerouacSur la route, était là sur l’étagère dans la couverture sobre, typique des éditions Gallimard. Comme à mon habitude pour faire connaissancej’ai lu les premières lignes.

« J’ai rencontré rencontré Neal pas très longtemps après la mort de mon père… Je venais de me remettre d’une grave maladie que je ne raconterai pas en détail, sauf à dire qu’elle était liée à la mort de mon père. »

76757337_oInterloquée, je me suis demandée comment les prestigieuses éditions Gallimard avaient pu publier un roman avec une coquille sur la première ligne. Le vendeur, pédagogie oblige, m’explique alors doctement, mais madame, il s’agit du rouleau original. L’auteur l’a écrit sur un rouleau de papier de 40 mètres de long qui est censé représenter la route au cours de la traversée des Etats Unis par les personnages de l’histoire. De plus comme chacun le sait, ce rouleau fait référence à Marcel Proust, ça ne vous aura pas échappé… Sourire en coin. Oui, donc c’est la version authentique, non corrigée mais vous verrez il y a un souffle…
manuscrit

Je rentre chez moi persuadée de posséder la septième merveille. Je vais comparer le manuscrit original avec la version forcément formatée, corrigée et affadie que la maison d’édition de la version précédente, avait exigée avant publication.

La lecture est un choc frontal. Envoûtante, elle m’emporte.

Dès le départ, je suis happée par l’urgence de la quête, une quête identitaire parce que la recherche du père est en filigrane, mais aussi la quête d’un ailleurs hospitalier où l’on pourra se poser, mais sans cesse la route est là qui invite à partir, refaire ses valises, monter dans la vieille Dodge, le bus, avec Neal, qui est « le type idéal pour la route parce que lui, il est né sur la route ». C’est une errance à la Salinger. Jack suit son étoile malgré les aléas, les retours en arrière, les contre-temps qui ne sont en fait que l’expression de la vie qui court.

« C’est de là qu’est parti le tourbillon dingue de toutes ces choses à venir, où seraient mêlés tous mes amis et tout ce qui me restait de famille, dans un grand nuage de poussière au dessus de la nuit américaine.»

La beauté du texte c’est le style spontané, par moment lyrique de ce récit ininterrompu, jeté sur le papier, un staccato de mots, de phrases sans fin. La ferveur est parfois maladroite – Jack invente des mots qui n’existent pas comme noctraverser, qui signifie traverser de nuit. Il n’y a ni chapitre ni paragraphe, juste le rythme des mots sur la page. Mais ce qui vous saisit, c’est surtout l’amitié indestructible qui lie Jack, Neal Cassady et les membres de sa bande, le mouvement qui les entraîne à vagabonder à travers l’Amérique, ensemble.

Une quête irrépressible… comme le désir

Pour le lecteur, c’est un exercice inhabituel. Il faut lâcher la rampe, se laisser embarquer, les filles, l’alcool, l’allégresse, le voyage et ses retards, ses empêchements. Accepter de perdre le fil et de le retrouver un peu plus loin. La route est comme un tourbillon, les personnages semblent tourner en rond comme dans un cercle du désespoir, se donnant dans le libertinage et les drogues le goût de la liberté. Mais la quête est irrépressible comme le désir.

Appréciez  cet extrait :

« On s’attend toujours à trouver une forme de magie, au bout de la route. Et curieusement Neal et moi allions la trouver cette magie une fois seuls, avant d’en avoir fini.Les potes de New York entouraient la voiture et nous faisions au revoir de la main… Il y avait Rhoda, et puis Geo. Wicksrom et les Connors, et je ne sais qui encore, vestiges du week-end du Nouvel An, qui étaient resté sans égal. « Parfait, parfait», disait Neal; il ne pensait plus qu’à fermer le coffre de la voiture, après avoir mis ce qu’il fallait dans la boîte à gants, balayé par terre, tout préparé pour retrouver la pureté de la route… la pureté du voyage, de la destination, quelle qu’elle soit, le plus vite possible, dans le frémissement et la jouissance de tous les possibles. »

Alix

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