Lettre d’un tueur de masse

« Alea jacta est

Excusez les fautes. J’avais 15 minutes pour l’écrire… Veuillez noter que si je me suicide aujourd’hui ce n’est pas pour des raisons économiques (car j’ai attendu d’avoir épuisé tous mes moyens financiers refusant meme de l’emploi), mais bien des raisons politiques. Car j’ai decide d’envoyer Ad Patres les féministes qui m’ont toujours gâchés la vie. Depuis 7 ans que la vie ne m’apporte plus de joie et étant totalement blasé, j’ai decide de metre des batons dans les roués à ces viragos. (…) Même si l’épithète Tireur Fou va m’être attribué dans les medias, je me considère comme un erudite rationnel que seul la venu de la Faucheuse on amené à pose des gestes extrémistes. Car pourquoi persevere à exister si ce n’est que faire plaisir au gouvernement. Etant plutôt passéiste (exception la science) de nature, les féministes ont toujours eu le don de me faire rager. (…) Elles sont tellement opportunistes qu’elles ne negligent pas de profiter des connaissances accumulées par les homes au cours de l’histoire. Elles essaient toutefois de travestir celles-ci toutes les fois qu’elles le peuvent. (…) Va-t-on parler des legionnaires et galériennes de César qui naturellement occuperont 50 % des effectifs de l’histoire malgré qu’elles n’ont jamais existé. Un vrai Casus Belli.»

Extrait de la lettre de Marc Lépine datée du 6 décembre 1989 (jour de son suicide).

>> Voir le Téléjournal du 6 décembre 1986 

Ce jour-là, Marc Lépine  entre à l’Ecole de Polytechnique de Montréal. En l’espace de vingt minutes, il ouvre le feu et tue 14 personnes, toutes des femmes. Il finit par se suicider. Mort à 25 ans, son nom reste désormais gravé dans les mémoires des Canadiens. Mais il n’est pas le seul. Des deux adolescents de Columbine, en passant par Anders Behring Breivik, à Oslo, ou encore, James Holmes, tuant 12 personnes dans une salle de cinéma du Colorado pendant la diffusion du dernier volet de Batman… Cette forme de crime, le mass murdering, se multiplie depuis les années 80, alors qu’elle était quasi inexistante avant les années 70. Ces 30 dernières années, on dénombre 120 tueurs de masse, dans le monde, faisant état de 800 morts, soit une moyenne de 7 tueries par an.

Le massacre de masse est-il propre à nos sociétés actuelles ?

Il soulève, en tout cas, d’innombrables questions. Le livre « Tueurs de masse », écrit par deux experts en sécurité et criminologie, Julien Marcel et Olivier Hassid, et publié en septembre 2012, tente d’y répondre. Criminologie, psychologie, sociologie… le tueur moderne est examiné sous toutes les coutures.

>> A lire aussi : Tueuses en série : l’horreur à domicile

L’hyper modernité

1325556-gfLe 16 avril 2007, à l’Université de Virginia Tech, dans l’État de Virginie, aux Etats-Unis. Cho Seung Hui est un étudiant en littérature de 23 ans. Ce jour-là, il tue froidement 32 de ses camarades, en blesse 20 autres. Il finit par se coller une balle dans la tête… Près de son corps, une note, où il explique avoir voulu s’en prendre « aux gosses de riches débauchés ». L’un des auteurs du livre, Julien Marcel, originaire de Tours, a été fortement marqué par la tuerie de Jean-Pierre Roux-Durraffourt, en plein cœur de la ville, en octobre 2001.

Quelles différences entre ce criminel et un tueur en série, par exemple ? Ou encore, un terroriste ? « Il ouvre le feu non pas sur un individu désigné, mais sur une masse ou un collectif aux contours parfois bien flous (les hommes politiques, les féministes, la société…). C’est un électron libre qui n’agit ni pour une idéologie, ni pour un mobile crapuleux. Ils agissent souvent sans raison clairement identifiée ou pour des motifs très vagues », commence Julien Marcel.

« Dans le futur, chacun aura droit à quinze minutes de célébrité mondiale. » Andy Warhol, 1968.

« Très vagues ». Cho Seung-hui, cité plus haut, a écrit s’attaquer à « la société des gosses de riches »[1] ; Eric Harris, l’un des deux tueurs du massacre de Columbine, en voulait, lui, à « ce monde de merde »[2], témoigne-t-il dans son journal intime. Matti Juhanni, auteur d’un massacre en Finlande, en 2008, ciblait carrément « la race humaine »[3], dans une vidéo qu’il a diffusé sur Youtube.

Anders Breibvik, enfin, a annoncé, lors de sa comparution devant le juge Kim Heger, le lundi 26 juillet, vouer une haine contre les « marxistes et les immigrés ». Pour les auteurs du livre, le mass shooting est une manifestation de ce que certains sociologues appellent l’ « hyper modernité ». Julien Marcel précise : « l’individualisation, la dislocation de la communauté, sont autant de facteurs qui peuvent pousser une personne à commettre ce type de crime. L’évolution des tueries de masse est aussi fonction de la précarité de l’emploi sur un territoire donné. De nombreux cas de mass shootings font suite à des licenciements, des tensions sur le lieu du travail entre collègues ou des démissions provoquées par un contexte difficile en entreprise. »

« J’veux juste emmener avec moi quelques-unes de ces merdes… Et quand j’y pense, je vais devenir une putain de célébrité. » Robert Hawkins, auteur de la tuerie d’Omaha (Nebraska), 2007.

Enfin, la survenance de meurtres de masse est plus probable dans un espace géographique dans lequel l’« ascenseur social » est en panne. Le sentiment d’injustice ressenti vécu par une population pourrait bien être un ciment pouvant expliquer la survenance de cette nouvelle forme de violence.

Avec ses vidéos, ses écrits laissés sur les lieux du crime ou son intérêt pour la médiatisation, le tueur de masse semble éprouver un fort besoin de reconnaissance. « Ces écrits, parfois assez violents, souvent emplis de désespoir, sont des mines d’informations. Oscillant entre narcissisme exacerbé, pulsion vengeresse et discours haineux, ces documents révèlent le souci que ces meurtriers portent à ce qui sera dit sur eux, poursuit l’auteur. Il cherche son « quart d’heure de gloire » pour reprendre une maxime célèbre d’Andy Warhol. Il aimerait avant tout marquer l’histoire et devenir une icône. »

Le loup solitaire

Julien Marcel explique la difficulté de tracer un tueur de masse : « Ce type de criminel n’agit pas de façon structurée avec l’aide de complices, il n’est pas organisé en réseau. Contrairement à un terroriste, il n’échange pas sur la Toile ou par téléphone sur la concrétisation de son projet. Il ne participe pas à des regroupements extrémistes (ou dans de rares occasions). Il ne recherche pas des fonds pour perpétrer son crime. Les autorités ne sont a priori pas en mesure de les surveiller pour contrôler leurs agissements. Les services de renseignements ne peuvent ni les suivre ni les interpeller. »

Les forces de police ont tendance à calquer leur intervention en cas de tuerie de masse sur celle de la prise d’otage. L’objectif est alors triple : contenir l’incident (endiguer, contrôler et limiter les déplacements possibles de l’auteur des coups de feu), comprendre la motivation et la personnalité du forcené et gagner du temps. Pour les auteurs du livre, dans le cadre d’une tuerie de masse, les mesures d’intervention policières devraient être sensiblement différentes : « Il s’agit de réagir le plus rapidement possible et ne pas hésiter à neutraliser le forcené. Ce dernier ne cherche pas à négocier, il veut simplement faire le plus de morts possible. »

>> Découvrir la série photographique d’Andrea Gjestvang sur les victimes du massacre d’Utoya :

>> Un échange de texto entre une victime d’Utoya et sa mère au moment des faits 

Des dispositifs d’alerte, dans les lieux publics, ont été mis en place pour limiter le nombre de victimes. Il peut s’agir d’alarmes ou de systèmes de code véhiculé, via un système de microphone ou via un réseau social interne. Cette alerte doit être couplée à un système d’évacuation spécifique. L’objectif est d’organiser une évacuation discrète et la mise en sécurisation des vies humaines sans pour autant créer la panique du forcené. « À cet égard, depuis la tuerie d’Erfurt en Allemagne le 26 avril 2002, les établissements scolaires allemands ont mis en place des codes. Ainsi, au moment de la fusillade le 11 mars 2009, le responsable de l’établissement de Winneden (Allemagne) a prévenu les autorités rapidement et lancé un code via le système de microphone de l’établissement. Le code « Mrs Koma is coming » était connu des seuls professeurs », conclut Julien Marcel.

« L’acte surréaliste le plus simple consiste à descendre revolvers aux poings dans la rue et à tirer au hasard tant qu’on peut dans la foule. » André Breton.

Margaux Duquesne

[1] Tiré des écrits de Cho Seung-hui, tueur lors de Virginia Tech le 16 avril 2007, transcription vidéo. La reprise des écrits et des transcriptions vidéo est consultable dans le livre (sans mention d’auteur). La Logique du massacre, derniers écrits des tueurs de masse ?, Éditions Inculte, coll. « Documents », 2010.

[2] Tiré du journal d’Eric Harris, l’un des deux tueurs du massacre de Columbine, le 20 avril 1999.

[3] Propos tenus par Matti Juhanni, tueur lors du massacre du lycée professionnel de Kauhajoki (Finlande) le 23 septembre 2008. Ces propos ont été tenus dans une vidéo qu’il a diffusée sur YouTube.

Une réflexion sur “Lettre d’un tueur de masse

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