Humain et robot, les liaisons dangereuses ?

Il y a ceux qui nous ressemblent et ceux qui sont vraiment utiles au quotidien. Au salon Innorobo, qui se tenait à Lyon en mars dernier, nous en avons rencontré de plusieurs types. À chacun d’imaginer le robot idéal de demain. 

nao-poker-small« Je vois que tu as les chochottes ? Tu as bien raison. Allez, magne-toi ! J’ai une partie à jouer avec Patrick Bruel« , presse le petit robot Nao, aux allures pourtant si angéliques, face à un tapis de cartes, au stand de Génération Robots. Nous sommes au salon de la robotique Innorobo, qui s’est tenu à Lyon, du 18 au 20 mars dernier. Nao est un robot déjà célèbre depuis quelques années et développé par l’un des leaders du secteur : Aldebaran.

Génération Robots travaille, avec son laboratoire de recherche Huma Robotics, à créer de nouvelles applications, des programmes, des algorithmes, qui puissent s’adapter à des robots industriels ou bien à Nao, la petite star de la robotique. Ici, par exemple, nous avons « Nao joue au poker« . Un peu plus loin, c’est « Nao présentateur« , qui peut être utilisé dans le cadre d’un musée pour divertir et informer les visiteurs d’une exposition, le temps de la file d’attente qui dure parfois 45 minutes.

Le « Microsoft Office » de la robotique

Juste à côté de ces deux robots récréatifs, il y a une sorte de bras métallique : voici Baxter, un robot collaboratif conçu par Rethink Robotics et développé aux États-Unis, par une équipe qui émane du MIT, et distribué par Génération Robots en Europe. Baxter fait partie d’une nouvelle génération de robots qui évoluent aux côtés de l’humain. « Avec les avancées techniques et sociétales, nous sortons du raisonnement “le robot remplace l’homme », commence Yassine Serhrouchni, manager chez Génération Robots. Ainsi, ce nouveau type de robot permet à l’homme de réaliser d’autres activités.

Le robot  Baxter et son créateur Rodney Brooks.

Le robot Baxter et son créateur Rodney Brooks.

L’ouvrier qui avait des tâches abrutissantes dans une usine devra donc désormais s’occuper du robot qui réalise les gestes à sa place. Le robot Baxter présenté par Génération Robots se programme par apprentissage, une démarche que ses concepteurs ont voulu simplifier au maximum. « Nos programmes sont très accessibles : c’est le Microsoft Office de la robotique », sou- ligne Yassine. Et l’homme, avec son nouveau « co-équipier », ne craindrait rien pour sa sécurité : « Baxter a des capteurs de force et du coup, il s’arrête dès qu’il sent une pression, un contact, pour ne pas blesser l’humain près de lui », continue Yassine. Baxter fonctionne grâce à un logiciel qui utilise des techniques de planification de mouvements, pour évoluer de manière pédagogique, dans les boutiques ou encore dans les entrepôts ou les usines.

Avec cette nouvelle génération de robot, c’est une vraie avancée technique et sociétale, pour les professionnels du salon : le robot industriel est désormais conçu pour évoluer avec les hommes et non plus derrière une cage. Alors que les usines classiques étaient conçues, auparavant, autour des machines, désormais ce sera aux robots de s’adapter : il sera programmé et il travaillera ensuite de manière quasi-autonome. Baxter est par exemple utilisé dans les usines d’enduit de maçonnerie.

« Jusque-là, la machine remplissait les pots d’enduit, uniquement. Un ouvrier devait alors déplacer le pot et le recouvrir d’un couvercle. À présent, il n’a plus qu’à s’occuper du robot, qui lui évite les tâches répétitives et se programme par apprentissage », explique le responsable de Génération Robots.

Catherine Simon revient sur la spécificité de l’édition 2014 d’Innorobot : « Au départ, nous avions pensé que toutes les technologies utilisées dans ces robots intégreraient d’autres machines pour les faire progresser et être à notre service. C’est le cas pour certains robots fonctionnels que nous aurons à l’avenir comme le robot aspirateur ou le robot laveur de vitres, mais nous aurons aussi, dans les dix ou vingt prochaines années un robot humanoïde à la maison qui sera notre interface ultime avec l’ensemble de nos objets connectés du quotidien. »

L’avènement de cette robotique industrielle collaborative n’est pas lié à la problématique de l’emploi. Selon Catherine Simon, les robots créent même des emplois, les transforment probable- ment, mais ne les détruisent pas. La « cobotique » (contraction de « robotique »et « collaboratif ») vise à aller plus loin dans la robotisation de l’industrie, pour permettre à de petites et moyennes entreprises de gagner en efficacité. « Ainsi, elles regagneront en productivité et en compétitivité en évitant de délocaliser leurs sites. Les employés savent que cela va enlever de la pénibilité dans leur travail et que le retour sur investissement financier va être plus rapide puisque les robots collaboratifs sont moins chers », continue l’organisatrice du salon. Plutôt que d’aller dans les pays à bas salaires, les entreprises devraient faire le choix de se robotiser, selon elle : un investissement au départ, mais un gain de compétitivité à long terme.

L’homme crée le robot pour comprendre… l’Homme

Gérard Collomb et les robots, Lyon, 2014 © Margaux Duquesne

Gérard Collomb et les robots, Lyon, 2014 © Margaux Duquesne

Le maire de Lyon, Gérard Collomb, a eu, lui aussi, droit à sa petite visite du salon, entouré d’une flopée de photographes, aux bras de l’organisatrice, Catherine Simon. En observant le maire, à chaque stand, nul doute qu’il semble un peu perplexe devant la robotique industrielle. Nous n’oserions pas insinuer qu’il ne semble pas très intéressé par l’aspect technique, de ces nouvelles technologies. Non, nous n’oserons pas. Et puis soudain, face à Poppy, un sourire lui illumine le visage devant la démonstration de ce petit robot de la taille d’une enfant, que son responsable tente de faire marcher en lui prenant les mains. Poppy est un robot entièrement open source, composé d’éléments imprimés en 3D. Ce projet, initié par l’Inria de Bordeaux, est en fait un outil pour étudier l’Homme : il vise à comprendre les mécanismes utilisés par l’humain pour marcher. « Quand l’homme marche, il tient debout car il est sans arrêt en train de rétablir son équilibre. Notre but est de trouver un algorithme de stabilisation et de marche », explique Yoan Mollard, un jeune ingénieur de recherche de 22 ans. Poppy sert donc la recherche fondamentale et tout-un- chacun peut y participer et apporter ses propres modifications. Poppy a ainsi créé une véritable communauté de développeurs et chercheurs.

Vallée dérangeante ou pragmatisme ?

Il ressemble un peu à un humain, tout comme Romeo, le grand frère de Nao et star du salon, mais pas trop non car il ne faudrait pas s’approcher de la « vallée dérangeante ». Selon cette théorie scientifique d’un roboticien japonais, Masahiro Mori, plus un robot androïde est similaire à un être humain, plus ses imperfections nous paraissent monstrueuses. Ainsi, le robot peu prendre grossièrement l’apparence d’un humain – une tête, des bras, des jambes et un buste – mais il vaudrait mieux éviter de lui attribuer également cheveux, peau, visage humain, etc.

Pour que le robot soit accepté par l’homme, il faut qu’il lui ressemble un peu, pour qu’il provoque en lui un minimum d’empathie, mais pas trop non plus, sinon l’homme verra en chacun de ses petits défauts le signe d’une étrangeté… et il aura un réflexe de rejet.

Diya One

Diya One

Totalement à contre-courant de ces réflexions, l’une des start-up qui a fait le plus parler d’elle au salon est Partnering Robotics. Pour ses fondateurs, nul besoin de faire un robot qui ressemble à un humain : Diya One ressemble davantage à R2D2, de Star Wars, qu’à un humain. Sylvain Mahé, ingénieur sur ce projet et doctorant chez Partnering Robotics, présente le produit aux visiteurs du Salon : « Diya One prend soin de la qualité de l’air intérieur. Il va aussi être capable de dépolluer les environnements intérieurs. » Ainsi, le robot peut être utilisé dans une école, dans une entreprise ou un hôpital. Le propriétaire du robot va devoir faire une ronde, ronde qu’il effectuera par la suite tout seul, lorsqu’il aura enregistré chaque lieu. « Il va ensuite détecter un certain nombre de polluants pour commencer la dépollution. Au cas où le réacteur n’est pas capable de dépolluer si par exemple il y a une source juste à côté qui repollue régulièrement, il va communiquer cette information à l’humain, qui devra ensuite prendre ses disposi- tions pour régler le problème », indique Sylvain Mahé.

Le robot a été pensé dès le début pour qu’il soit « ouvert », aussi bien d’un point de vue matériel que logiciel, en Open Source. De la même manière qu’Android a réussi à créer un super écosystème pour les smartphones, nous attendons maintenant que ce schéma se reproduise pour la robotique.

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La fuite des cerveaux aura-t-elle lieu ?

Dans beaucoup de domaines informatiques, les chercheurs français n’ont pas hésité à traverser les frontières et à monter leur entreprise dans des pays où la création d’entre- prise est plus simple – et rapide – et la fiscalité plus intéressante. Des géants comme Google, Facebook ou encore Yahoo savent attirer le développeur ou ingénieur français en lui offrant notamment un meilleur salaire et de meilleures conditions de travail.

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Pour Catherine Simon, nous avons tout ce qu’il nous faut pour développer la robotique, en France : « Dans certains domaines spécifiques de la robotique, comme les drones civils, nous sommes déjà leaders mondiaux. Nous devons nous assurer que cette recherche de pointe aboutisse à des projets industriels. Nous allons essayer de le faire pour les drones civils, où nous avons déjà des start-up très soutenues. Nous sommes également leaders dans les systèmes de cobotique parce que nous avons beaucoup étudié les interfaces entre l’homme et la machine.» Bruno Maisonnier, PDG et fondateur d’Aldebaran, confirme également le jeu à jouer de la France, dans ce secteur : « Il y a des millions d’emplois à la clé. »

Margaux Duquesne

Reportage réalisé pour L’Informaticien de mai 2014.

Une réflexion sur “Humain et robot, les liaisons dangereuses ?

  1. J’étais à Lyon pour le salon et le Robot le plus impressionnant est définitivement celui qui proposait de recréer de façon bionique les liaisons nerveuse, sanguine, et les organes d’un être humain. Evidemment, à ce stade de développement, le robot ne pouvais qu’à peine fermer la main. Mais je peux vous assurer que c’était parfaitement bluffant de voir ça ! 🙂

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