La France s’en Mooc ?

Bouleversé chaque année un peu plus par
 les nouvelles technologies, l’enseignement supérieur se voit contraint de s’adapter aux nouveaux outils et comportements des élèves : tablettes, smartphones, ordinateurs portables, utilisation des réseaux sociaux… Les « MOOCs », cours en ligne ouverts aux masses, sont l’une des réponses à un nouvel enseignement moderne et plus accessible. La France arrivera-t-elle à prendre le train en marche pour rattraper son retard ?

hysertiaEn octobre 2013, la France célébrait la semaine des « MOOCs » et bon nombre d’observateurs découvraient le nouveau mode d’apprentissage qui se cache derrière ce sigle aux allures de dernier mouvement musical à la mode. Apparu aux États-Unis en 2008, « MOOC » signifie « Massive Open Online Course », soit en français « cours en ligne ouvert aux masses ». Le MOOC offre ainsi un enseignement très démocratique, puisqu’il est ouvert à tout le monde, quelle que soit la situation géographique des participants. Les MOOCs sont entièrement gratuits, permettant aux élèves défavorisés d’avoir les mêmes cartes en main que les autres. Ainsi, un cours délivré sous forme de vidéo, peut être suivi par plusieurs milliers d’internautes simultanément. Certains cours ont rassemblé jusqu’à 160 000 étudiants dans le monde entier !

Ces MOOCs combinent à la fois des vidéos, formations, tutorats, corrections… Ils se différencient de l’e-éducation – plus couramment appelé « e-learning » –, existant déjà depuis plusieurs années, en ce sens qu’ils mettent un point d’honneur à créer une réelle communauté d’internautes, interagissant en ligne avec les autres élèves ou encore mieux, avec les enseignants. Les MOOCs ne délivrent pas de diplômes mais des certificats ou badges de com- pétence qui n’ont pas de valeur, pour le moment, mais peuvent être enrichissants, notamment dans le cadre de l’insertion ou de la reconversion professionnelle. Ces certificats ont tout de même un certain poids : ils sont déli- vrés par des écoles ou des institutions prestigieuses.
Les MOOCs étant gratuits, il n’y a pas de modèle économique, pour le moment. Un problème qui pourrait être résolu, dans les années à venir, en fonction du succès que rencontrera le MOOC : « Bien évidemment, sur le long terme, il faudra trouver un modèle économique. Développer l’offre en matière de formation continue est sûrement une solution. Aujourd’hui, les établissements ne participent qu’à hauteur de 4 % à ce marché qui représente 32 milliards d’euros », explique Geneviève Fioraso, ancienne ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche (MESR), remplacé aujourd’hui par Benoît Hamon.

Le retard français

MOOC-science-poL’institution de l’enseignement supérieur, pionnière en France, dans l’utilisation des MOOCs, est l’École Centrale de Lille. Depuis mars 2013, elle propose un MOOC sur la gestion de projet. Au total, 2 800 élèves ont suivi cette formation en ligne. Parmi eux, 1 761 ont reçu leur certificat, faisant grimper le taux de réussite à 66 %. Seuls 15 % des inscrits étaient des étudiants et la moyenne d’âge était de 34 ans : 62 %, encore, avaient déjà un Bac+5. Ces chiffres tendent à montrer que les MOOCs ne sont pas des formations en remplacement des cursus traditionnels, mais bel et bien des alternatives pour renforcer les compétences ou compléter ces dernières de nouveaux acquis. Du côté des initiatives privées, « Passeport pour Entreprendre » a aussi été pionnier en son genre : ce premier MOOC dans le domaine de l’entrepreunariat offre, à ses élèves qui ont validé leur certificat, des heures gratuites de conseils d’experts et des remises tarifaires auprès de certains fournisseurs. Les MOOCs ne sont pas réservés aux grandes écoles.

Le 2 octobre 2013, la ministre Geneviève Fioraso, après avoir placé le numérique comme une priorité dans la loi du 22 juillet 2013 relative à l’enseignement supérieur, a présenté officiellement le programme FUN, pour France université numérique. Trois chantiers ont été lancés : la définition d’un agenda numérique, la création d’une fondation pour coordonner le volet de l’agenda dédié aux formations innovantes et l’ouverture de la première plateforme nationale de MOOCs des établissements d’enseignement supérieur français. Sur ce nouveau site, les intéressés peuvent s’inscrire aux premiers MOOCs proposés dans des domaines divers : histoire, mathématiques, biologie, numérique, management, droit… Et dont les cours en ligne ont débuté en janvier 2014. Ils sont préparés par Centrale, l’Institut des Mines Telecom, l’Université de Bordeaux 3, Montpellier 2, Paris 10, Paris 2, Polytechnique, la Sorbonne Paris Cité ou encore le CNAM, HEC et le CNRS…

Une technologie
à (ré)inventer ?

Le MESR a débloqué 12 millions d’euros du programme d’investissement d’avenir pour le développement des MOOCs, sous forme d’appel à projets : il poussera les établissements à s’intéresser aux solutions mises en place par les start-up et les entreprises qui se penchent sur la technologie développée pour mettre en ligne ce type de formation. En effet, il faut pouvoir permettre aux internautes-élèves d’échanger et d’interagir, via des forums, des messageries instantanées ou bien des réseaux sociaux.
 Les universitaires, à l’origine de ce nouveau format d’enseignement, ont souhaité recréer une temporalité en impliquant les élèves à suivre chaque semaine les vidéos en ligne, à répondre aux quiz, à passer les examens et à collaborer avec les autres « e-étudiants ». La communauté virtuelle peut également se transformer en communauté physique, grâce aux multiples échanges entre les utilisateurs.

6a00d8341c0c0e53ef017d40d88e43970c-piSouvenons-nous également que iTunes U, consacré à l’éducation, a été lancé en 2007 et revendique plus de 1 milliard de téléchargements de cours, issus de 1 200 universités et 1 200 collèges et lycées, même si les contenus d’iTunes U ne sont pas à proprement parler des MOOCs. Dans le même genre, Google avait lancé Google Course Builder, ainsi que Google Apps for Education et Google Play for Education. Microsoft, de son côté, a développé Microsoft Vitual Academy, un site qui héberge des cours mais uniquement dans le secteur de l’informatique.

Les MOOCs étant nés aux États-Unis, la technologie américaine a déjà une longueur d’avance, dans le domaine. Outre-Atlantique, le secteur est dominé par trois start-up, principalement, très innovantes : Coursera, qui accueille des contenus de HEC depuis 2014 ; edX, qui propose des cours du MIT, de Stanford ou Harvard; et Udacity, fondée par un spécialiste en intelligence artificielle. En septembre dernier, edX et Google ont annoncé s’associer pour développer ensemble une plateforme permettant à tout le monde de créer son propre MOOC. Google semble donc vouloir s’implanter comme acteur industriel majeur dans ce nouveau souffle de l’enseignement. Cette plateforme sera en ligne normalement en septembre 2014 et utilisera une technologie open source.

Dans le même temps, la platforme conçue par la France, FUN, déployée par l’Institut national de recherche en informatique et en automatique (Inria), s’appuiera sur la technologie d’edX, promue par Google. Un choix vivement critiqué par les acteurs du domaine, comme Mathieu Nebra, 28 ans, fondateur d’ OpenClassRooms – anciennement le Site du Zéro, que ce jeune entrepreneur avait créé à l’âge de 14 ans – : « C’est une plateforme open source qui a le vent en poupe. À tel point que Google y participe depuis peu et a abandonné ses propres technologies. Sans être forcément la plus puissante, c’est peut-être la plus “ sexy ”, donc c’est selon moi davantage un choix de communication plutôt qu’un choix technique. Bien sûr, c’est de l’Open Source, mais il n’y a pas de projet de l’adapter à d’autres usages. Les développeurs français ne seront invités qu’à changer l’interface essentiellement. Du coup, le MESR se contente de copier la façon dont les cours américains sont architecturés. On n’innovera pas. »

Margaux Duquesne

Article paru dans l’Informaticien en novembre 2013.

2 réflexions sur “La France s’en Mooc ?

  1. Pingback: L’école du futur vue par Antoine Compagnon | Journaleuse - Le blog de Margaux Duquesne

  2. Bonsoir,
    Certains MOOC en France peuvent mener à un diplôme d’université. C’est le cas de COURLIS (cours de statistique de base – http://courlis-pf.univ-lorraine.fr/). Piloté par l’Université de Lorraine, COURLIS associe les université de Nice, Bordeaux, Nanterre, HEC et l’école supérieur d’économie et de statistique appliquée d’Alger.
    F. Kohler

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