C’est sûrement l’un des pires anniversaires de l’Histoire : il y a 20 ans, le 7 avril 1994, une guerre civile éclate au Rwanda, opposant Hutus et Tutsis. Cette guerre durera trois mois. L’ONU estime à environ 800 000 le nombre de morts, en majorité Tutsi. Cent jours pour l’un des génocides les plus sanglants et rapide de l’humanité.

« 800 000 personnes sont mortes au printemps 1994, et personne n’a bougé. »

j_ai_serre_la_main_du_diable_photo_1Le Canadien Roméo Dallaire était commandant de la Mission des Nations unies pour l’assistance au Rwanda (MINUAR), qui constituait la force du maintien de la paix des Nations unies. L’échec de son action là-bas et ses tentatives d’attirer l’attention de la communauté internationale sur le massacre dont il a été témoin, sont rapportés dans un livre intitulé : J’ai serré la main du diable : la faillite de l’humanité au Rwanda, paru en 2003, et rédigé avec l’aide du major Brent Beardsley, qui était l’assistant personnel de Dallaire, pendant la mission de l’ONU.

« Depuis mon retour du Rwanda en 1994, je suis resté en étroite relation avec le major Brent Beardsley… il est devenu mon âme sœur pour tout ce qui a trait au Rwanda ; il apporte une relecture sobre à mes réflexions sur la débâcle rwandaise. », expliquait Roméo Dallaire.

Ce témoignage d’un militaire sur le génocide et sur les manquements de la communauté international a également fait l’objet d’un documentaire éponyme, réalisé en 2004, par Peter Raymont. Le livre sera également adapté au cinéma, par le réalisateur Roger Spottiswwode, et diffusé en salles en 2007.

Ce documentaire, au-delà de l’aspect historique et militaire, révèle l’impuissance d’un homme, traumatisé à vie par ce qu’il a vu sans rien pouvoir faire. Roméo Dallaire racontait au journal La Presse, en 2000 : « Je vis la culpabilité d’un commandant qui a vu sa mission ne pas aboutir à un succès. Je vis avec cette culpabilité vis-à-vis des Rwandais à qui on a donné espoir du succès de leur projet de paix et qui, ultimement, se sont fait massacrer en nous regardant avec des yeux d’incompréhension pendant que nous étions impuissants à faire quelque chose. Il est normal pour un commandant de se poser des question, de se dire “Peut-être que j’ai argumenté, mais je n’ai pas convaincu. Peut-être que je n’ai pas utilisé les bonnes méthodes“. »

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Défendre l’indéfendable

justicedeshommes_jxlUn autre documentaire revient sur ce génocide avec un angle totalement différent mais qui pose des questions fondamentales, notamment sur la notion de justice. Il s’agit du film La justice des hommes, de Jean-Xavier de Lestrade, diffusé en 2000 et produit par Maha Productions. Il revient sur les 130 000 Rwandais qui croupissent en prison, suspectés d’avoir participé au génocide. Aucun avocat ne voulant défendre ces hommes-là, beaucoup d’entre eux se sont retrouvés seuls, face aux juges, au début de leur procès. Puis, l’association Avocats sans frontières a envoyé des avocats européens et africains pour les défendre.

Le réalisateur suit ainsi la jeune avocate toulousaine Laurence Dupuy Jauvert, persuadée que tout le monde a le droit à un procès équitable, que tout homme devrait pouvoir être défendu, peu importe son crime. Mais la réalité sur place bouleverse ses idéaux et elle s’interroge, avec nous, sur ce à quoi doit tendre la justice, sur le pardon et sur l’humanité. « Y a-t-il un acte, pour un avocat, qui serve plus la justice que celui de défendre l’indéfendable ? », s’interrogeait le réalisateur Jean-Xavier de Lestrade. Ce film a remporté le prix Albert Londres, en 2002.

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Margaux Duquesne

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