Presse : du chaos naît la lumière

Je pourrais vous parler de la crise que traverse Libération, de l’ambiance tendue qui règne au Monde où les syndicats accusent la direction de préparer un plan social déguisé, du «management par la peur » que pratiquent certains directeurs de rédaction ou encore des seuls 40 départs volontaires à Ouest France, sur les 150 attendus… Des suppressions de postes un peu partout, des motions de défiance chez Reuters, des magazines qui survivent en payant leur pigiste à coup de misère…  De l’atmosphère morne et pesante qui règne au Nouvel Obs, depuis l’annonce du rachat qui devrait être effectif à la mi-mars et des rumeurs qui courent sur les éventuels départs (volontaires ou/et forcés) de Laurent Joffrin et Nathalie Collin, la directrice générale du groupe. Mais je pourrais aussi, dans un moment d’égarement, vous conseiller de lire la tribune de Jean Stern qui parle d’un « renouveau » après la crise de la presse et qui souligne l’importance du numérique. Du chaos naît aussi parfois de jolies choses : pendant que certains canards meurent à petit feu et suffoquent en attendant la fin, d’autres apparaissent dans le paysage médiatique. Et ça risque de piquer un peu.

The Intercept, l’insolence à la face du monde

the-intercept-an-online-publication-focuses-on-nsa-leaks-goes-live

Rappelez-vous ces journalistes qui ont dévoilé au monde entier les informations confiées par Edward Snowden : ils viennent de lancer, ce mois-ci, un nouveau magazine en ligne, première publication de la plateforme First Look Media. C’est le fondateur d’eBay, Pierre Omidyar, qui a mis la main à la poche. The Intercept est un site d’investigation créé par Glenn Greenwald, Jeremy Scahill, Laura Poitras. Il part avec un sacré avantage : le paquet de documents délivrés par Snowden n’est pas épuisé et il reste de nombreux scandales à sortir. Alors on prend son temps et on sort chaque infos une à une. Glenn Greenwald, ancien journaliste du Guardian, avait prévenu : il compte bien publier chaque document jusqu’au dernier.
Tout comme son grand frère WikiLeaks, The Intercept propose à des sources d’échanger des informations grâce à un système anonymisé. À en croire la note d’intention du site, il semblerait qu’il y ait deux phases programmée pour cette nouvelle aventure : l’épluchage du reste de documents de Snowden et ensuite, des enquêtes, reflétant « un journalisme courageux et agressif, sur des questions controversées ». On a un peu hâte qu’ils passent à l’étape 2, regrettant que les documents de Snowden ne soit pas compatibles avec des enquêtes de terrain. Douze journalistes, pourtant, ont été embauchés dans ce nouveau média : il y a déjà plusieurs mois, des journalistes de pointes faisaient la danse du ventre  en file indienne devant Greenwald. Dans l’équipe : des journalistes spécialisés dans le domaine de la défense, la sécurité nationale, le contre-terrorisme, la drogue, les droits humains, la politique, les médias, la surveillance, les technologies, les libertés des citoyens, la criminalité… Rappelons, par exemple, que Jeremy Scahill est l’auteur de Dirty Wars, le film sur les « sales guerres d’Obama ».

Marseille s’en va-t-en guerre

Monter un nouveau site d’information sur Internet peut paraître cohérent, mais certains croient encore à la presse papier, surnommée aussi « presse papi » ! Bons baisers de Marseille est sorti en kiosque début janvier. Ce nouveau mensuel marseillais entend « provoquer, jouer les électrons libres, faire bouger les mentalités et défendre le droit à l’information« , lit-on dans l’édito du premier numéro. Le rédacteur en chef Olivier-Jourdan Roulot entend « raconter la ville telle qu’elle est – et non pas un territoire fantasmé, ripoliné par des communicants qui en gommeraient les nombreuses aspérités », il veut « produire du récit, enquêter (…) assumer une forme de subjectivité. » Il est intégré dans le magazine Corsica, qui assure son lancement.

Le titre Bons baisers de Marseille, est emprunté en hommage à Pierre-Louis Roynes, auteur d’un feuilleton éponyme dans Le Nouvel Économiste. Le journal affirme assumer sa prise de risque de se lancer dans une presse qui peut paraître viellote, aux yeux de certains : « Évidemment se lancer dans une pareille aventure, dans un secteur (la presse papier) que certains qualifient « d’industrie de la liquidation », n’a rien d’une sinécure. Face à ces vents mauvais, il serait sans doute plus raisonnable de baisser les armes, en actant d’ores et déjà ce qui ressemble chez beaucoup à de la résignation. De notre côté, nous pensons que la presse écrite peut encore trouver sa place, à condition qu’elle joue pleinement son rôle. Qu’elle hisse son niveau d’exigence et, disons-le, qu’elle change radicalement ses vieux logiciels devenus inadaptés. »

Margaux Duquesne

Voici les unes des deux premiers numéros :

Capture d’écran 2014-02-27 à 13.59.54 Capture d’écran 2014-02-27 à 13.59.36

Une réflexion sur “Presse : du chaos naît la lumière

  1. A propos des révélations de Snowden, il semble qu’il n’y rien de vraiment nouveau depuis 1987 si l’on en croit l’article d’un spécialiste (http://aboudjaffar.blog.lemonde.fr/2013/10/21/donny/) dont voici un extrait :

    — début de citation —
    En 1987, Bob Woodward, un journaliste (les gars du Monde, merci de chercher ce mot étrange dans le dictionnaire), publie un de ses livres les plus passionnants, sobrement intitulé CIA/Guerres secrètes. 1981-1987 chez Fayard. On y lit, page 19, ce paragraphe :

    National Security Agency (NSA) : Agence de la sécurité nationale. Le plus grand et le plus secret des services de renseignement. Intercepte les communications du monde entier, effectue des opérations d’écoute à l’étranger par l’intermédiaire d’antennes d’écoute, de satellites et d’autres moyens techniques sophistiqués. La NSA déchiffre les codes militaires et diplomatiques des nations étrangères et a également pour tâche de protéger les communications, les systèmes cryptographiques et les codes des Etats-Unis.
    — fin de citation —

    Ce qui a changé – à mon humble avis – avec Edward Snowden, c’est la résonance médiatique et la prise de conscience de tout un chacun, maintenant connecté au reste du monde (ce qui n’était pas le cas dans les années 80), que sa vie (privée ou pas) n’a plus rien de secrets pour un service qui veut/peut s’en donner les moyens.

    Quant aux journalistes qui faisaient la danse du ventre devant Glenn Greenwald, cela me rappelle la « conscience » d’Anastasia dans ses 50 nuances… Il y avait pas mal de danses du ventre…

    Enfin, pour en revenir au sujet principal de l’article, soit la naissance de deux nouveaux médias d’investigation, on ne peut que s’en réjouir. Informer le public est une mission indispensable autant que bénéfique. A chacun ensuite de se faire son opinion en toute connaissance de cause.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s