Saphique ta mère !

Imposant leur style dans le milieu du rap américain, les artistes lesbiennes utilisent la musique pour affirmer leur identité.

Yo! Majesty, Scream Club, les New-Yorkaises God-des & She… les rappeuses lesbiennes américaines jouent des coudes et se font une belle place dans le paysage hip-hop. Les unes prêchent la parole de Dieu pendant que les autres revendiquent une image alternative de la femme moderne ou s’insurgent contre les politiques. Bien loin de s’enfermer dans un style spécifique, elles se différencient toutes par leur musique, leur talent et leur personnalité. Ici, pas question de parler de hip-hop lesbien.

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Scream Club

Culture queer. A Olympia (Etat de Washington), berceau de la révolution musicale queer – où est né le mouvement féministe des Riot Grrrl dans les années 90 -, celles qui deviendront Cindy Wonderful et Sarah Adorable se rencontrent… dans un sex-shop. Les deux excentriques (Sarah, la pin-up blonde et fragile et Cindy la garçonne) se lient d’amitié et fondent le groupe Scream Club, mélange electro glam rap. Depuis, elles sillonnent les événements queer et diffusent leur univers dans les salles underground des milieux gay et lesbien. Mais pas que. Représentantes de la culture queer – mouvement féministe et subversif qui efface les frontières entre les identités de genres et les orientations sexuelles -, les Scream Club enchaînent les featurings avec des artistes de leur «genre» (Beth Ditto, chanteuse rock infernale de Gossip, Shunda K de Yo! Majesty, Peaches…), sans hésiter à se frotter à des rappeurs ou producteurs de musique pas franchement queer mais tout aussi indépendants : les Américains Busdriver et Existereo, ou les Français Leonard De Leonard et les Gourmets.

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Shunda K

Difficile de percer dans un milieu de mâles tout en étant lesbienne ? «Je pense que c’est dur pour une femme quoi qu’il arrive, lesbienne ou pas», explique Cindy Wonderful. Pour Shunda K (2), fondatrice et leader du groupe Yo! Majesty, c’est autre chose : «Je suis gay, je suis noire, je suis une femme. La minorité de la minorité… et je suis fière de qui je suis. Peu importe ce que racontent les gens, je ne laisserai rien ni personne entraver mes rêves.» Même si la formation Yo! Majesty s’est séparée il y a peu, Shunda K reprend le flambeau en solo, un album est prévu pour l’an prochain. Cet été, elle a sorti un single avec DJ Flore sur le label anglais Botchit & ScarperThe Test, où elle délivre un rap incisif se mêlant à l’electro break de la DJette lyonnaise.

Pick Up the Mic«Contre l’oppression». En 2006 est sorti aux Etats-Unis un documentaire qui rassemble et rassure tous les MC gays et lesbiennes : Pick Up the Mic: the Revolution of Homohop. Son réalisateur, Alex Hinton, a réuni, grâce à Internet et notamment au site GayHipHop.com, de nombreux rappeurs et rappeuses homos. Pour la plupart, ils ne se connaissaient pas avant le film et pensaient même être les seuls MC gays de leur ville. Pour Hinton, ce que les gens apprécient dans le hip-hop, ce sont les histoires personnelles que les chanteurs dévoilent au fil des couplets : «Pensez à Nas, Kanye West ou Eminem, ils partagent leur propre vie. Le combat des LGBT [lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres] s’adapte à merveille au hip-hop. L’artiste Katastrophe raconte très bien, par exemple, ses difficultés d’être un transsexuel dans son titre Bad Bad Feelings.» Le terme «homohop» est parti d’une blague : certains artistes l’ont récupéré pour s’affirmer dans l’univers saturé du hip-hop. «Je voulais juste que les gens s’intéressent au film, le regardent et se rendent compte que le homohop, c’est juste du hip-hop», explique Alex Hinton.

Kathryn Trevenen, professeure à l’Institut d’études des femmes à l’université d’Ottawa, effectue un travail de recherche sur l’émergence des femmes sur la scène homohop. Selon cette Américaine, beaucoup de rappeuses lesbiennes mettent en parallèle le combat contre le racisme et la lutte antisexiste. Pour elle, «le hip-hop est LA voix qui s’élève contre l’oppression, de manière générale. Rien d’étonnant à ce qu’elles l’utilisent».

Si les Scream Club utilisent ce mode d’expression pour livrer «une autre vision de la femme, différente de celle qu’on a l’habitude de voir», Shunda K semble s’écarter du discours féministe et poursuit un tout autre objectif : «Je dois continuer la mission de Yo! Majesty. Mon destin est de répandre la parole de Dieu et dire à tous qu’Il existe et qu’Il nous aime tous tels que nous sommes.»

Margaux Duquesne

Article publié dans Libération, en 2009.

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