Pièces à conviction revient ce soir sur la Libye de Kadhafi, l’évolution de ses relations avec la France et les accusations de financements de la campagne de Sarkozy par le dictateur déchu. Le réalisateur Pascal Henry nous raconte les dessous de cette enquête.

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C’est d’un ton calme et mesuré que Mouammar Kadhafi explique, lors d’un entretien avec la journaliste Delphine Minoui, avoir financé la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007 : « Mon cher ami Sarkozy a un désordre mental. C’est moi qui l’ai fait arriver au pouvoir en France (…) Nous lui avons donné le financement nécessaire pour qu’il puisse gagner les élections chez lui », déclare le Guide. Nous sommes le 15 mars 2011, à Tripoli. Dans quatre jours, les premières frappes occidentales déclencheront le début de la guerre, qui se soldera par la mort de Mouammar Kadhafi le 20 octobre de la même année.

De cette scène, il ne reste aujourd’hui que deux photographies et un enregistrement audio. Sur les images, entre la journaliste du Figaro et le dictateur, l’interprète officiel du leader libyen : Moftah Missouri, un homme que le journaliste Pascal Henry a rencontré et qui a accepté, après de longues hésitations, de témoigner dans le reportage de Pièces à conviction, diffusé ce soir sur France 3.

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L’ami de tous les jours

À l’origine de cette enquête produite par Ligne de Mire, Pascal Henry s’était lancé sur deux pistes à creuser : la fortune dispersée de Kadhafi et les « chasseurs de trésor », puis l’argent des financements politiques. En octobre 2013, il se rend en Libye. Une période extrêmement mouvementé dans le pays, puisque le jour même de son arrivée, un membre du réseau Al-Qaïda est kidnappé à Tripoli par les forces américaines. Le lendemain, l’ambassade de Russie est assiégée et lors de la même semaine, quinze militaires libyens sont tués et le Premier ministre Ali Zeidan est enlevé par une brigade d’ex-rebelles.

tripoliwoodLe journaliste exprime là-bas sa volonté de rencontrer Missouri. Ce dernier se défile à plusieurs reprises : « On verra demain, Inch’Allach ». Puis finalement il accepte l’interview face caméra. L’interprète va apporter un témoignage capital à l’enquête : « Il m’a raconté les rapports entre Mouammar Kadhafi et Nicolas Sarkozy. Des anecdotes très humaines, la visite officielle en France, un pays que Missouri connaît bien puisqu’il a lui-même enseigné à la Sorbonne », précise Pascal Henry. L’interprète se souvient par exemple que Nicolas Sarkozy disait souvent au chef libyen : « Moi je suis l’ami de tous les jours, pas l’ami d’un jour. » Une phrase qui fait ironiquement écho à l’interview de Kadhafi décrivant calmement Sarkozy tel un traître qui a retourné sa veste… « Je cherchais plein d’informations mais pas forcément celles concernant le financement de la campagne de 2007. C’est Missouri lui-même qui m’a reparlé de cette interview de Delphine Minoui », explique Pascal Henry. Pour le reportage, il demandera à la journaliste du Figaro de se remémorer cet entretien qu’elle  avait par ailleurs déjà retranscrit dans son livre Tripoliwood.

Le Pièce à Conviction de ce soir garde comme fil conducteur les relations-franco libyennes, avec en arrière-plan les soupçons du financement de la campagne de Sarkozy par le dictateur. Un financement dont nous n’avons aujourd’hui toujours aucune preuve, en dehors des témoignages des pro-kadhafistes, dont Saif Al-Islam, fil du Guide, qui avait déclaré le 16 mars 2011 « Il faut que Sarkozy rende l’argent qu’il a accepté de la Libye pour financer sa campagne électorale.  C’est nous qui avons financé sa campagne et nous en avons la preuve. »

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Marcher sur des œufs

Pascal Henry travaille depuis longtemps sur les enquêtes politico-financières. L’année dernière, il a d’ailleurs remporté le Prix de l’investigation FIGRA 2013 pour son film Attentat de Karachi : enquête sur un trésor de guerre, diffusé dans l’émission Pièces à conviction et produit également par Ligne de Mire.

« Entre Karachi et la Libye, ce sont au final souvent les mêmes acteurs… Les mêmes intermédiaires en armement, certains hommes politiques… Mais à la grande différence de Karachi qui reposait sur une enquête judiciaire, mon reportage sur la Libye a été réalisé dans un climat de flou complet. Nous ne savions pas où aller, nous marchions sur des œufs. Nous n’avions pas de dossier judiciaire pour “border” notre travail », conclut le réalisateur.

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Margaux Duquesne

Pièces à conviction, ce soir sur France 3, à 23h15.

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