Femmes en prison : travailler pour rester dignes

Début 2013, le photojournaliste italien Matteo Pellegrinuzzi réalise une commande pour Leroy Merlin Italie : le travail consiste à documenter en vidéo une des activité de cette entreprise dans le milieu sociale. Matteo se rend à plusieurs reprises dans l’Institut de détention aménagée pour détenues mères (ICAM), à Milan : « C’est une véritable prison, mais sans le barreau et ou la police est en civile pour ne pas choquer les enfants« , explique le photographe. Il continue, les mois suivants, à se documenter sur la situation du travail dans les prisons, surtout chez les femmes, qui représente 5 % de la population carcérale.

Certaines limites sont imposés au photographe : « Je ne pouvais photographier que les détenues condamnées définitivement. J’ai rencontré des gens dont j’aurais aimé parler, mais leur procédures judiciaires étaient encore en cours. En prison, le timing est très encadré : j’ai parfois du me dépêcher de sortir avec mon matériel, ce qui m’a quelque peu dérangé. » Parmi les choses qui l’ont marqué, pendant ce reportage, une détenue : « Elle m’a dit qu’elle espérait ne plus sortir de prison car ils lui ont « sauvé la vie » : « c’est une fille de 32 ans, malade du sida, à cause de la drogue« , se rappelle-t-il. Il se souvient aussi du très bon accueil des autres détenue, mais également de la police et des éducateurs.

J’ai rencontré Matteo Pellegrinuzzi lors du festival Visa pour l’Image, il y a quelques années. Je suis régulièrement ses reportages et celui-là m’a particulièrement touché. Le texte et les photographies qui suivent sont le fruit de son travail.

Margaux Duquesne

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© Matteo Pellegrinuzzi

© Matteo Pellegrinuzzi

Selon la loi italienne « Dans les établissements pénitentiaires, doivent être encouragés de toutes les manières possibles, la participation des détenus et des internés au travail à l’apprentissage et à la formation professionnelle« .

En suivant cette préconisation, les prisons italiennes sont organisées selon le principe de l’autogestion des prisonniers. Dans ce contexte, la police et les éducateurs remplissent les fonctions de guides et de superviseurs.
Au-delà des tâches classiques, comme la cuisine, le ménage, etc., des activités des plus ambitieuses ont été développées au cours des dernières années.

© Matteo Pellegrinuzzi

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La coopérative Alice, a été fondée par le créateur Alessandro Brevi en 2004. Elle est implantée dans les prisons de San Vittore et Bollate à Milan. Parmi ses objectifs, figurent la promotion de l’intégration sociale des femmes détenues et ex-détenues.

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© Matteo Pellegrinuzzi

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Au fil des années, la coopérative s’est fait une place sur le marché milanais. Notamment  grâce à la création d’une boutique de haute couture située dans le centre de Milan. Les détenues ont réalisé des costumes de théâtre, des robes pour les animateurs télé et aussi des costumes pour des stars internationales comme Britney Spears.

© Matteo Pellegrinuzzi

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Mirna et Dana, deux détenues de San Vittore, travaillent ensemble aux commandes d’Alessandro.
Pendant son temps libre, Dana suit aussi un cours de théâtre. Elle est en train de participer à la préparation du spectacle « La maison de Bernarda Alba« . Ce spectacle sera présenté au public dans un théâtre de Milan.

© Matteo Pellegrinuzzi

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© Matteo Pellegrinuzzi

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Marina, 27 ans, est détenue à l’ICAM (Institut de détention aménagée pour détenues mères). Cette institution est précurseur dans la détention des mères ayant des enfants de moins de trois ans. Implantée dans un bâtiment dont la province de Milan est propriétaire, l’ICAM est structurée comme une maison d’habitation classique dont seul l’extérieur est équipée de dispositifs de sécurité (barreaux). Les surveillants interviennent en tenue civile. Les enfants et les mères sont suivis par une équipe d’éducateurs.

Marina, d’origine Rom, suit des cours de cuisine et réalise des services en tant que traiteur pour des événements externes à la prison. Avec l’aide du chef cuisinier Stefano Isella, les détenues exécutent des commandes provenant de clients publics ou privés.

© Matteo Pellegrinuzzi

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Emina a 24 ans. Son statut découle des dispositions de l’article 21 du code pénal. Pour elle les portes de la prison s’ouvrent chaque jour. Elle travaille en tant que femme de ménage auprès du PRAP (Provveditorato regionale dell’amministrazione penitenziaria). Emina sort du travail à 15 heures. Elle peut alors aller chercher sa fille à l’école maternelle et rentrent toutes les deux à l’ICAM.

Le mari d’Emina l’attend dans leur maison avec leur fils aîné. Emina aurait du rentrer chez elle en Janvier 2014, sous régime de probation (aménagement de peine), mais lors d’une permission, elle s’est évadée.

© Matteo Pellegrinuzzi

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4 réflexions sur “Femmes en prison : travailler pour rester dignes

  1. C’est un sujet très touchant. C’est super que ces femmes aient envie de travailler et de continuer à avancer. J’imagine que toutes (tous) les détenues (détenus) ne sont pas dans cet état d’esprit, car la prison doit peut-être parfois effacer tous les désirs et surtout celui de continuer à aller de l’avant…
    Ce projet photo est super en tout cas. Merci pour l’article.

  2. Très touchant cet article. Merci beaucoup.

    Ce n’est pas comme ça que ça se passe partout. Au Canada il y a de plus en plus de coupures dans les programmes et la réintégration dans la société n’en est que plus difficile.

  3. Merci pour vos commentaires ! Pour une fois quelque chose l’Italie marche bien. Mais c’est vrai que ce n’est pas pareil partout. Dans les prochains mois j’irai voir la situation dans le sud de l’Italie, j’espère de ne pas avoir des mauvaises surprises.

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