Vidéos amateurs, gros plans, préliminaires furtifs… Finalement, le porno d’aujourd’hui n’a rien inventé : nos arrière-grands-parents avaient déjà posé tous les jalons du cinéma porno qui, en fait, est né en même temps que le cinéma des Frères Lumière. Le porno muet du début du XXe siècle, l’empire des plaisirs en noir et blanc, diffusé dans les salles d’attente des bordels luxueux de l’époque, est aujourd’hui collectionné comme un trésor par certains amateurs… 

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12550247220275707 Suite à mon précédent article sur les heures les plus colorés du porno seventies, un ami me fait remarquer : « C’est sympa, mais moi je suis plutôt porté sur le porno des années 1905 à 1925. » Ok, alors on rembobine, encore un peu plus loin, et on recommence. Anthony (nous l’appellerons ainsi pour conserver son anonymat) est donc collectionneur de ce genre cinématographique rare et inconnu du grand public. « J’ai découvert ce genre plus ou moins par hasard sur les réseaux peer-to-peer. Ça devait être eMule à l’époque. Après avoir découvert le cinéma de Buster Keaton et de Murnau, je recherchais du cinéma muet et je suis tombé sur quelques clips de porno vintage. J’ai ensuite poussé la recherche… » Juste après la naissance du cinéma, le porno est né. Fortement teinté d’amateurisme, ces petits films muets étaient généralement tournés dans les maisons closes, avec les clients et prostituées du lieu, avant d’être diffusés dans les salles d’attente desdits bordels, la pornographie étant interdite en France. Par la suite, ils pouvaient être tournés en parallèle des films traditionnels : à la fin du tournage, on gardait la même équipe technique, les mêmes décors. Parfois aussi, les mêmes acteurs. Certains très connus du cinéma muet ont donc parfois fait des apparitions dans ces films X. L’aspect financier n’était pas à négliger ; tout comme dans les années 70, ces petits films, réalisés en coulisses, apportaient parfois de l’argent pour soutenir l’œuvre principale. polissons et galipettes2.1

Coquin comme cochon

110128_maisonscloses02Si pour certains, ce cinéma peut paraître tout sauf excitant, notre collectionneur anonyme vante le plaisir qu’il y trouve : « J’ai aimé le côté surprenant et un peu exotique. Il est tout à fait délicieux de s’imaginer que ces gentils messieurs et jolies dames en train de s’enfiler sont de la génération de nos grands-parents, que l’église catholique dominait encore l’Europe, que l’adultère était condamné par la loi… Aussi, les codes sont les mêmes qu’aujourd’hui, mais le tout semble beaucoup plus simple et plus naturel : la femme n’y est pas « objectifiée », l’acte charnel est souvent pris à la légère, parfois les hommes y sont ridicules, bref tout y est frais et mignon… et tout de même très excitant ! Aussi, les jeux de mots graveleux sur les panneaux de titres sont parfois désopilants… »

Bénédiction et sacro-seins

L’un des premiers films célèbres de cette époque porte le nom de la première grande actrice X : « Soeur Vaseline ». L’imagerie religieuse est très présente dans ces films. Des nonnes lubriques, léchées par des prêtres ; des curés, pris par derrière par… d’autres curés… Le porno en noir et blanc semble terriblement subversif, mais pour Anthony, il semble que les tabous d’aujourd’hui étaient inexistants à l’époque : « Des hommes avec des hommes se mélangent aux hommes avec les femmes, etc. il n’y a pas de barrière homo/hétéro aussi tacitement infranchissable qu’aujourd’hui. Aussi, beaucoup de codes de l’époque sont détournés pour plus de transgression, pour plus d’excitation : la maîtresse d’école, le contremaître de la manufacture, les nonnes et les curés, tous y passent ! » Grrr… Vintage - Polissons Et Galipettes - 12 Porno Silent Films 1905 To 1930 277 Le porno d’hier a-t-il quelque chose à voir avec celui d’aujourd’hui ? « C’est différent parce que ça n’est pas axé sur la performance plus ou moins monstrueuse, où les hommes ne sont que chibres de 40cm et muscles, sans un seul poil, où les femmes sont chirurgicalement disproportionnées, où le plaisir est principalement simulé », regrette notre amateur. « À l’époque le porno était très naturel, authentique, souriant, et se moquait un peu de lui-même. On y comprend que les acteurs le faisaient avant tout pour prendre et montrer leur plaisir. Aussi on comprend que le porno a émergé exactement en même temps que le cinéma.

Dès que des humains ont eu la technologie pour conserver des images mobiles, ils en ont fait du cul ! »

110128_maisonscloses01Sorti en 2002, le film français Polissons et Galipettes est un montage de douze courts-métrages pornographiques anonymes (Abott Bitt au couvent, La Fessée à l’école, Agenor fait un levage, Massages…) réalisés entre 1905 et 1930. Il a été compilé généreusement par Michel Reilhac, pour qui « l’industrie du porno moderne n’a rien inventé – tout avait déjà été filmé par nos grands-parents ». Pour lui, ce qui rend ces petits films si authentiques, c’est qu’il n’y avait pas d’argent en jeu « Ces films ont été réalisés comme une plaisanterie par des gens qui n’avaient aucune idée de ce qu’était la réalisation d’un film. Ils sont eux-mêmes et tout à fait naturels. Dans les années 1930 les gens ont réalisé qu’ils pouvaient gagner de l’argent avec ces films et ils sont devenus tout autre chose. Le charme et l’innocence a disparu. » Ce film est davantage une histoire sociale de la pornographie : il montre un côté décomplexé de la vie ouvrière du début du XXe siècle, vu nulle part ailleurs. Sa valeur historique est aujourd’hui largement reconnue.

« Une conscience sans scandale est une conscience aliénée. », Georges Bataille 110128_maisonscloses03

Et comment oublier que le porno, en tous temps et en tous lieux, a su nous faire vibrer ? On pensera au très subversif Marquis de Sade, évidemment, et aussi, entre autres, à Guillaume Apollinaire, avec ce poème érotique, écrit vers 1906 et publié dans l’ouvrage subtilement intitulé Les Onze Mille Verges. 

Ô ma tendre putain

Tes mains introduiront mon beau membre asinin

Dans le sacré bordel ouvert entre tes cuisses

Et je veux l’avouer en dépit d’Avinain

Que me fait ton amour pourvu que tu jouisses

Ma bouche à tes seins blancs comme des petits suisses

Fera l’honneur abject des suçons sans venin

De ma mentule mâle en ton con féminin

Le sperme tombera comme l’or dans les sluices

O ma tendre putain tes fesses ont vaincu

De tous les fruits pulpeux le savoureux mystère

L’humble rotondité sans sexe de la terre

La lune chaque mois si vaine de son cul


Et de tes yeux jaillit quand tu les voiles

Cette obscure clarté qui tombe des étoiles.

Guillaume Apollinaire

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