« Nous sommes en guerre contre le terrorisme »

L’architecte de la loi antiterroriste française, Alain Marsaud, revient sur les contextes de la création de cette loi et l’importance de la prise de position de la justice. De son côté, l’ancien agent de la DGSE, Pierre Martinet, souligne que la lutte contre le terrorisme doit aussi passer par des décisions politiques.

Le président François Mitterrand avec le ministre français de la Défense Charles Hernu, dans les décombres de l'attentat du Drakkar.  24 octobre 1983 / @ AFP

Le président François Mitterrand avec le ministre français de la Défense Charles Hernu, dans les décombres de l’attentat du Drakkar. 24 octobre 1983 / @ AFP

Au début des années 80, la France fait l’objet d’une offensive terroriste commandée par le régime syrien alors dirigé par Hafez el-Assad, père de l’actuel président. « Ils nous reprochaient notre politique de défense libanaise contre la Syrie », se rappelle Alain Marsaud, ancien magistrat et aujourd’hui député UMP dans le 10ème circonscription des Français établis hors de France. Le 23 octobre 1983, un double attentat touche les Forces Internationales présentes au Liban : 241 marines américains et 58 parachutistes français[1] trouvent la mort.

« La lutte contre le terrorisme ne peut se réduire à une simple traque dont la justice serait exclue. »

Alain Marsaud, alors magistrat à la section criminelle du parquet de Paris, publie en 1985 une tribune dans le quotidien Le Monde intitulée « Pour un « conseil de sécurité » », en faveur d’une réforme de la cellule antiterroriste française. Il y écrit : « La lutte contre le terrorisme ne peut se réduire à une simple traque dont la justice serait exclue. Il convient de définir une doctrine judiciaire qui ne soit pas à la remorque de l’action policière (…) Dans la lutte contre le terrorisme, l’organisation présente comme la précédente ont toujours fait l’objet de critiques [l’UCLAT soit l’Unité de coordination de lutte antiterroriste, ndlr] (…) Cependant, il existe encore des dérapages (rétention d’informations, désinformation), et la lutte que se mènent certains services est de nature à desservir l’intérêt de la répression… ».

En 1986, sous le gouvernement de Jacques Chirac, une loi de centralisation est adoptée, le but étant de mettre en place un système de centralisation unique permettant de travailler en circuit court avec le service de renseignement. Les affaires terroristes sont alors confiées à des magistrats et procureurs spécialisés, en vertu de cette loi élaborée par Alain Marsaud qui est alors nommé chef du Service central de lutte antiterroriste, créé en octobre 1986.

Dix ans plus tard, la législation introduit la terminologie « association de malfaiteur en relation avec une entreprise terroriste ». Considérée comme un acte de terrorisme, cet acte constitue un délit puni de 10 ans de réclusion.

En 2006, une nouvelle loi durcit cette peine qui passe à 20 ans de réclusion criminelle dans certain cas, et va jusqu’à 30 ans pour le responsable. En cas de risque d’attentat, une garde à vue peut être prolongée jusqu’à 6 jours, en vertu de cette loi.

Pour Alain Marsaud, la loi a encore besoin d’être améliorée. En effet, le député s’inquiète des Français qui vont par exemple combattre en Syrie :  Ils ne pourront pas, à leur retour, faire l’objet d’enquête ou de poursuite, dans le mesure où ils ont fait le coup de feu en Syrie et sont allés assister des groupes dont la France protège l’activité. Il faut revoir la loi ». Le ministre de l’Intérieur actuel, Manuel Valls, serait conscient de cette situation juridique mais elle pose, pour le moment, des « problèmes diplomatiques ».

« Les terroristes se nourrissent de la frustration, de l’illettrisme, de l’ignorance. Le Français moyen, lui, tout ce qu’il veut c’est qu’on ne lui enlève pas sa baguette de pain et sa téloche. »

Pierre Martinet

Pierre Martinet

Ce combat contre le terrorisme, ne pourra pourtant se faire que grâce à des décisions politiques, selon Pierre Martinet, ancien agent du Service Action de la DGSE. « On est en guerre contre le terrorisme. Pourquoi vous ne le dites pas, vous les journalistes ? Parce que ce n’est pas politiquement correcte ! » Ses missions pour la DGSE consistaient principalement à traquer des chefs terroristes islamiques. Pierre Martinet étudie le terrorisme depuis 1983. « Je ne combats pas l’islam, s’ils avaient été bouddhistes, ce serait pareil. C’est sûr que j’ai une vision militaire, une vision violente de la lutte, mais je sais qu’on ne peut pas résoudre le problème par la violence. Il faut des solutions humanitaires, politiques. Les terroristes se nourrissent de la frustration, de l’illettrisme, de l’ignorance. Le Français moyen, lui, tout ce qu’il veut c’est qu’on ne lui enlève pas sa baguette de pain et sa téloche. Il ne sent pas emmerdé par tout ça. »


[1] Les deux attentats-suicides, dont celui de Drakkar qui a touché les troupes françaises, ont été revendiqués par le Hezbollah.

Une réflexion sur “« Nous sommes en guerre contre le terrorisme »

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