Diplômée des Beaux-arts et de l’Ecole nationale de la Photographie d’Arles, la réalisatrice et photographe Emilie Jouvet redonne vie à des images réalisées de 2000 à 2012 à travers son exposition « Dykes Eyes » (littéralement, « yeux de lesbiennes » ou « œil lesbien »). Elle laisse de côté sa caméra pour dévoiler ces instants de vies intimes, figés, entre sensualité et confusion des genres. Lgbt, queer, écrivains, performeuses… Elle tire le portrait du joli monde qui l’entoure.

© Emilie Jouvet

Avec One Night Stand, elle a été l’une des premières, en France, à proposer un film porno queer lesbien. Sorti en 2006, on y a découvert son univers jouissif et sans tabou, où l’on croise notamment la performeuse et écrivaine Wendy Delorme. Le film reçoit le 1er Prix du Festival Porno queer de Berlin, en 2006, et le prix spécial du jury au festival de Copenhague en 2007.

“One Night Stand” d’Emilie Jouvet

En 2011, Emilie Jouvet sort au cinéma un documentaire sous forme de road movie*, où elle suit la tournée européenne de la troupe des sept performeuses féministes militantes : Queer X Show. Aujourd’hui, à 35 ans, Emilie Jouvet revient à son premier amour : la photographie.

[dailymotion id=xjk6z8]

Pourquoi ce retour à l’image « fixe » ?

En parallèle de mes activités de réalisatrice, je n’ai jamais cessé de faire des photos. Des images pour la presse ou l’édition, ou des prises de vues pour mon propre portfolio. C’est vrai que ces dernières années, entre les tournages, les montages et les tournées promo de mes films, j’avais moins de temps à consacrer à l’organisation d’expo. Et ça me manquait.

© Emilie Jouvet

Comment en es-tu venu à la photo ?
J’ai commencé la photographie très jeune. Mon père est photographe amateur, il a exposé à Beaubourg et dans diverses galeries. Il m’a appris très jeune à me servir d’un appareil et d’un agrandisseur.
Petite fille, je prenais des photos, je développais le film et je les tirais moi-même. C’était un jeu, au même titre que gribouiller des dessins ou faire du vélo. J’ai commencé à porter un regard plus “professionnel” sur mes images vers l’adolescence, puis lorsque je suis entrée aux Beaux-Arts et à l’Ecole nationale de la Photographie d’Arles.

Est-ce que tes photos sont un portrait de la communauté lesbienne ?
Non, pas uniquement, même si c’est une régulière source d’inspiration. Il y a certes des lesbiennes de style divers, mais aussi des bies, des gays, des membres de la communauté queer et lgbt, des femmes artistes, des performeuses, des écrivains, des enfants… Ou simplement des personnes dont le genre ou l’orientation sexuelle n’est pas identifiable, n’est pas le sujet de la photographie.
Je ne fais pas un catalogue. Chaque personne est unique. Quand je prends quelqu’un en photo, ce n’est pas pour son côté “représentatif” de quelque minorité que ce soit. C’est parce qu’il y a eu un échange. J’aime quand la personne sur la photo partage quelque chose d’elle-même. Que ce soit sa force, sa beauté, sa fragilité, son désir, sa peine, sa joie, sa fierté, etc.

© Emilie Jouvet

© Emilie Jouvet

© Emilie Jouvet

© Emilie Jouvet

Qui sont tes influences photographiques ?

Je me sens proche des artistes féministes qui, des années 70 à aujourd’hui, ont mis en scène le corps dans la performance, la vidéo, la photo, pour mettre en relief les oppressions de la société sur le corps, l’esprit et la sexualité des femmes : Lynda Benglis, Ana Mendieta, Cosey Fanni, Annie Sprinkle…

© Emilie Jouvet

J’aime le travail des artistes qui on travaillé sur le sexisme ou la lesbophobie comme Catherine Opie, Les Guerrilla Girls, Dyke Action Machine. Ainsi que le travail photographique de Collier Schorr, Jouko Lethola, Nan Goldin et Claude Cahun. Ce sont des artistes qui transgressent les tabous sur le corps humain et ses représentations, et nous poussent à remettre en question nos propres normes. J’aime les œuvres des vidéastes Sadie Benning ou Mia Endberg. En littérature, Monique Wittig, Dorothy Allison…

Comment jongles-tu entre la caméra et l’appareil photo ?

La photographie est plus contemplative, plus mystérieuse. C’est un médium qui nécessite que le public fasse un effort d’imagination, de décodage, qui demande plus d’attention. C’est un outil du présent, qui “attrape” des moments du quotidien, des rencontres, des émotions fugaces. Le cinéma est plus directif : on donne des images, du son, un début, une fin. Ils sont pensés en amont. Leur portée politique ou militante est plus évidente : il y a des mots, des discours qui renforcent les images. Les photographies, elles, ouvrent à davantage d’interprétations.

© Emilie Jouvet

Découvrez le film “One Night Stand” : ici.

Dyke Eyes II, à la librairie-galerie Violette & Co, à Paris, jusqu’au 9 septembre : .

Dyke Eyes III, à la Vanilla Gallery, à Tokyo, jusqu’en septembre : ici

Le site d’Emilie Jouvet : .

Margaux Duquesne

Share: